Cinéma : Ida de Pawel Pawlikowski

Avec Agata Trzebuchowska, Agata Kulesza et Dawid Ogrodnik. 
Sortie le mercredi 12 février

Voici un film qui, avec une économie de moyens étonnante et sous des dehors intimistes, nous en dit long sur l’histoire de la Pologne, de l’occupation nazie au stalinisme. Il nous plonge dans les années soixante, à une époque où le régime stalinien s’était un peu assoupli. Ida est une jeune novice qui, à la veille de prononcer ses vœux, part à la recherche de ses parents disparus et apprend qu’ils étaient juifs. La jeune fille accomplira, en compagnie de sa tante, dite Wanda la rouge, femme libérée et ancienne combattante du maquis devenue juge, un véritable périple initiatique.

La jeune Ida, qui découvre un monde si affreux qu’elle va préférer le silence du couvent, et Wanda désespérée par la trahison de ses idéaux, composent deux personnages de femmes bouleversants. Cette introspection est servie par une photo en noir et blanc superbe qui rappelle les premiers films de Polanski et de Wajda, mais Pawel Pawlikowski ne tombe jamais dans l’esthétisme gratuit. Chaque plan est lourd de signification. Dans un pays où l’antisémitisme est encore présent, le cinéma polonais se penche donc enfin sur un des aspects les plus sinistres de son passé : les massacres de Juifs commis par la population pour s’emparer de leurs biens (1). Une prise de conscience tardive mais salutaire.

Gérard Delteil

1 – À ce propos, il faut lire le Massacre des survivants, Marc Hillel, Plon, 1985. Malheureusement non réédité, mais disponible en occasion.

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