Cinéma : Amerrika par Cherien Dabis 

La question centrale qui habite le film est celle de l’identité, de sa quête, de ses mutations, de son acceptation aussi.

 

Et quel meilleur exemple pour aborder cette question que celui des habitants des territoires occupés palestiniens. Comme ils l’expliquent très bien au fonctionnaire des douanes qui les contrôle à leur arrivée au Etats-Unis, Mouna et son fils, Fadi, n’ont pas de nationalité : ils viennent des territoires palestiniens et sont apatrides. Là-bas, ils subissent les humiliations qu'inflige l’occupant israélien, vivent avec le Mur et n'ont aucun avenir. Après tout, il le dit lui-même, ils vivent en prison, marginalisés dans leur propre pays.

Le miracle pour eux, c’est le départ pour les Etats-Unis, chez une sœur installée dans le nord du pays. Mais quelle identité avoir, dans un pays qui assimile automatiquement tous les Arabes à des terroristes (le film prend pour cadre la première guerre du golfe)? Même si Mouna s’indigne du fait qu’ils soient palestiniens et pas irakiens, pour les jeunes qui l’insultent et assimilent son fils à Ben Laden, cela ne fait aucune différence. Pas plus que pour tous les employeurs qui lui claquent la porte au nez malgré son diplôme de maîtrise et dix ans d’expérience dans la banque. Apatrides permanents : « Une minorité là-bas et une minorité ici », c’est comme cela que Fadi résumera finalement leur situation.

Comment justement, pour lui et sa cousine, se construire leur propre identité ? Les jeunes sont montrés comme les plus tiraillées entre leurs deux cultures, à l’image du titre du film, mélange d’anglais et d’arabe. A sa mère, qui lui reproche de se comporter comme une Américaine, la fille de Raghda répond que, vivant aux Etats-Unis, elle est américaine… Mais sa mère préfère, pour se protéger, mythifier ses origines et rêver de revenir dans un pays qu’elle n’a pas vu depuis des lustres. La réponse qu’elle fera à sa fille est ainsi à l’image de sa situation personnelle: tant qu’elle vivra dans cette maison, elle sera en Palestine.

Le film se termine pourtant sur un message d’espoir, venu comme on l’attendait de la dynamique et battante Mouna. A travers la métaphore de l’acceptation de son corps, Mouna, à la différence de sa sœur, finit par faire de sa situation si particulière sa propre identité. 

Aurélien Smirnoff 

 

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