Chine : de véritables élections syndicales à Foxconn ?

En 2010, 18 jeunes salariéEs de la compagnie taïwanaise connue aujourd’hui sous le nom de Foxconn ont tenté de se suicider – et 14 sont effectivement morts. Pour la direction de l’entreprise, installée en Chine continentale, ces drames ne pouvaient s’expliquer que par des causes individuelles remontant à avant leur embauche ; elle fit donc venir des psychologues…
Foxconn produit du matériel électronique pour diverses transnationales, dont Apple, Dell ou HP. De Hong Kong à Pékin, des militants syndicaux et écologistes se sont mobilisés pour dévoiler le système de surexploitation du travail dont bénéficiait Apple en Chine. En 2011, plusieurs associations ont publié un rapport retentissant – « L’autre visage d’Apple » – sur le prix de la production des iPad en matière de santé et de pollution. Dans l’usine de Lianjian Technology (Suzhou) notamment, 49 jeunes salariéEs avaient été empoisonnéEs par un produit chimique utilisé pour nettoyer leurs écrans, l’entreprise refusant d’investir dans la ventilation des ateliers.
Des élections syndicales…
Après avoir fait la sourde oreille, la direction d’Apple a accepté de prendre en compte cette campagne. Elle a choisi la Fair Labor Association pour préparer un rapport qui ne put que reconnaître de nombreuses violations du code du travail chinois. La firme à la pomme promit une augmentation générale des salaires, une réduction des heures de travail, une meilleure couverture santé, des dédommagements plus élevés. Des promesses inégalement tenues.
Foxconn a aussi été confronté à un renouveau de luttes revendicatives en Chine. Début 2013, elle a annoncé l’organisation d’élections de jeunes ­représentants syndicaux dans ses usines. Une annonce entachée par la propagande même de la firme qui a diffusé des images de travailleurs radieux, arborant des t-shirts proclamant leur amour pour l’entreprise.
… à la mobilisation sociale ?
Après des années de déni, Apple a été obligé d’engager une vaste opération de communication et Foxconn doit organiser des élections syndicales. Voilà qui montre que la combinaison de résistances sociales dans les usines chinoises et d’une longue campagne internationale a porté des fruits. Mais n’oublions pas qu’Apple est un grand spécialiste des « relations publiques ». Rien de ce qui est annoncé ne garantit de réelles négociations collectives ou une liberté effective d’organisation. Le syndicat officiel (et unique) en Chine comprend des millions de membres, mais il sert avant tout de courroie de transmission au service du pouvoir politique et, aujourd’hui, de la direction des entreprises.
Foxconn a une culture d’entreprise particulièrement autoritaire. Elle a toujours rejeté l’idée même de négocier avec ses salariéEs dont elle exige une obéissance sans faille. Les syndicats indépendants restent illégaux en Chine, et le droit de grève en pratique interdit. Sans très forte mobilisation sociale, la seule élection de jeunes représentantEs ne suffira pas à changer cet ordre des choses. Ce que la campagne de communication d’Appel « oublie » de rappeler…
Pierre Rousset

Licence créative commons

Nos articles sont publiés sous licence Créative Commons. Voir les détails.