Ce qui devait arriver…

Ce qui devait arriver est arrivé, bien prévisible : le parti « socialiste » a reçu une claque monumentale, le FN réalise une percée historique, la droite ramasse la mise rien qu’en récupérant ses électeurs ataviques. Une fois de plus, la politique violemment antisociale d’un gouvernement dit de gauche remet en selle une droite discréditée et offre un boulevard à l’extrême droite.

Nous écrivons entre les deux tours, à l’heure où les médias ne parlent que des espoirs du FN de rafler jusqu’à une dizaine de mairies, et il faut bien reconnaître que le sentiment dominant chez celles et ceux qui sont en colère contre le gouvernement PS-Medef est, paradoxalement, celui d’une déroute.

Car de Hénin-Beaumont à Marseille, ce n’est pas seulement le PS qui est humilié. Ce sont aussi les espoirs d’un sursaut politique et social, contre le patronat et contre ce même parti socialiste, qui semblent glacés. Même s’il est vrai que cette fois, pour les listes du front de gauche, d’EE-LV, et à un niveau plus bas celles de l’extrême gauche, les scores électoraux n’ont rien de catastrophique. Sauf qu’ils ne décollent pas.

Pour l’instant, François Hollande et le gouvernement PS-Medef font bel et bien un sinistre travail de démoralisation et de désarroi politique dans les classes populaires, que la droite serait bien incapable d’égaler.

D’où pourrait venir l’éclaircie ?

 

Impasses institutionnelles

Pas de l’Elysée, on s’en doute. Même les électeurs qui ont élu Hollande il y a un an et demi et viennent de lourdement le sanctionner, se doutant bien qu’il ne va rien changer – sauf en pire. 

A Paris, avant même l’élection, les conseillers présidentiels distillaient leurs « éléments de langage » : « M. Hollande voit plus loin », « le Président est déjà dans le coup d’après », « il enjambe les élections municipales »  et même (lu dans Le Monde) : « le pacte de responsabilité et la réduction des dépenses publiques enjambent les municipales ». Etrange façon technocratique de dire que le vote ça leur fait une belle jambe.

A Grenoble, pourtant, le PG voit l’espoir... en se préparant dès maintenant aux élections suivantes ! La liste PG-EELV a obtenu 30 % des voix, cinq points devant le PS. Pour le PG son secrétaire national Eric Coquerel déroule ainsi l’avenir : « Ce résultat historique démontre qu’une majorité alternative est possible à court terme (…) L’alliance avec EELV peut permettre à une force opposée à l’austérité et au productivisme d’être en tête de la gauche. Ce serait possible dès les Européennes (…) mais plus encore aux Régionales à venir. Ensemble nous pouvons diriger des villes, bientôt des régions et prochainement gouverner le pays. » Une alternative politique, cette coalition encore fictive, qui a pour l’instant obtenu plutôt 15 % dans quelques villes ? Enthousiasmante, cette alliance avec des notables « écologistes » qui ont déjà avalé sans trop de soucis presque deux ans de gouvernement PS-Medef, et des notables « communistes » qui cogèrent partout avec les socialistes les institutions locales ?

Du rejet à la révolte

A Quimper comme ailleurs, les socialistes ont eu droit à leur baffe électorale. Mais il y a aussi le souvenir de la grande manifestation d’octobre. Quand des ouvriers de différentes entreprises ont décidé se battre ensemble pour défendre leur emploi, et appelé toute la région à descendre dans la rue avec eux. Quand les grandes centrales syndicales leur ont tourné le dos, alors qu’elles n’ont jamais tenté, où que ce soit, depuis bien longtemps, de faire converger les luttes des salariés, ne serait-ce que d’un seul département. Quand des patrons pollueurs et licencieurs ont tenté sans vergogne de détourner la mobilisation à leur profit. Quimper, c’est l’exemple d’une situation compliquée (à l’avenir, avec un gouvernement de gauche qui fait une politique de droite et un FN à 20 %, toute situation aura ses complications). Mais c’est aussi l’exemple d’une perspective : que le ras-le-bol social éclate, fasse tache d’huile, porte ses propres revendications, déstabilise le pouvoir.

Après le show électoral, la crise, l’austérité et les licenciements continuent. Alors il y aura des réactions. Car cette élection montre au moins une chose : les classes populaires vomissent la façon dont on veut leur faire payer la crise. Pour changer les choses, il s’agit maintenant de passer du rejet à la révolte – comme en Espagne, en Bosnie et ailleurs. Rendez-vous le 12 avril, journée nationale de manifestation, « jour de colère de gauche », pour en populariser l’idée et pour commencer à le rendre possible.

Yann Cézard

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