Catastrophe de Tchernobyl, toujours possible...

Il y a 23 ans, le réacteur numéro 4 de la centrale Lénine de Tchernobyl, en Union soviétique, explosait. La catastrophe a fait près de 200000 victimes. 

 

 

Le 26 avril 1986, l'un des réacteurs de la centrale nucléaire de Tchernobyl explosait, libérant soudainement dans l'atmosphère d’énormes quantités de particules radioactives. Pourtant, trois jours après, le gouvernement du président Gorbatchev n'avait toujours pas annoncé l'accident au public. Alertés par un taux de radioactivité dans l'air anormalement élevé, des observateurs suédois découvrirent un point chaud à l'endroit exact de la centrale nucléaire de Tchernobyl ; ce n’est qu'à la suite des déclarations du gouvernement suédois que l'Union soviétique, le 28 avril au soir, informe le monde.

En quelques semaines, le nuage radioactif recouvre près de 40% de la superficie de l'Europe, avec du césium 137 notamment. Avec le temps, on estime que le nuage a fini par envelopper tout l'hémisphère nord. Les conséquences sanitaires de cette catastrophe sont très difficiles à évaluer, tant l’opacité et le mensonge règnent sur le nucléaire à tous les échelons: on se souvient, bien sûr, du mensonge de l'Etat français sur le nuage radioactif prétendument arrêté à nos frontières. 

Mensonges d'Etat 

Mais le mensonge et la dénégation ont surtout été orchestrés, au niveau international, par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) elle-même: sous la domination de l’Agence internationale de l'énergie atomique, l’OMS n’a eu de cesse de minimiser l’impact de la catastrophe (l'accord de 1959, toujours en vigueur, oblige l’OMS à se concerter avec l’AIEA pour régler tout différend « d’un commun accord »), ramenant le bilan officiel à quelques dizaines de morts directes et quelques milliers de cancers. Or, une étude récente, se fondant sur le fait que pas moins de 600000 liquidateurs sont intervenus sur le réacteur pour le refermer tant bien que mal et qu’au moins 2 milliards de personnes ont été touchées par les retombées radioactives, évalue le nombre de victimes à plus de 200000.

La dénégation de l’OMS et de l’AIEA est d’autant plus révoltante qu’il est parfois simple de venir en aide aux victimes de Tchernobyl, surtout quand il s’agit de remèdes aussi simples que la distribution de pectine, qui permet de réduire la radioactivité ingérée. Hélas, loin d’être une affaire classée, la catastrophe de Tchernobyl voit ses conséquences sanitaires s'alourdir d'année en année, avec son lot de cancers et de malformations, chez les adultes et les enfants. Aujourd'hui encore, des millions des gens continuent de vivre dans les zones les plus touchées et à consommer des produits agricoles contaminés, en particulier par le césium 137, entraînant une baisse importante de leur espérance de vie, que les autorités ukrainiennes attribuent à un «état dépressif», consécutif à la chute de l’Union soviétique… Aujourd'hui, dans les régions contaminées de Biélorussie, 85% des enfants sont malades ! 

Plaie béante 

Concernant Tchernobyl, le premier des combats est celui pour la reconnaissance des victimes. Cela passe notamment par le fait de porter la revendication de l’abrogation de l’accord liant l’OMS à l'AIEA. L’aide directe aux victimes est également importante1. Un autre Tchernobyl est toujours possible, même de nos jours, en Europe: rappelons qu'à l’été 2006, l’accident nucléaire n’a été évité que d’extrême justesse dans la centrale suédoise censée être « la plus sûre au monde » et où, d’après Lars-Olov Höglund, l’ancien responsable de la centrale nucléaire de Forsmark, seul « le hasard a évité qu’une fusion du cœur ne se produise ».

Voila pourquoi il nous faut combattre la folie du nucléaire qui, partout, met des vies en danger: des mines d’extraction du Gabon et du Niger aux tentatives d’enfouissement des déchets dans la Meuse, le nucléaire fait peser sa menace sur toute la planète. Plus de 400 réacteurs nucléaires sont encore en activité dans le monde, et ils vieillissent mal, du fait des économies sur la maintenance, du recours à la sous-traitance, etc. Cette industrie, intrinsèquement dangereuse, le devient de plus en plus sous les attaques des financiers, qui s’emparent des centrales pour les rendre plus rentables. Les populations et les salariés des centrales sont, dans ce  contexte, de plus en plus menacés. Tchernobyl est la plaie béante de cette macabre industrie, qu’il nous faut combattre partout où elle est présente. 

1. A ce titre, ne pas manquer la tournée de conférences exceptionnelles en France du professeur Youri Bandajevski, ancien doyen de la faculté de médecine de Gomel, en Biélorussie, emprisonné pendant cinq ans pour avoir dit la vérité sur Tchernobyl.


 

 

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