C2RMF : Disparition programmée

Ministère de la Culture ou entreprise de démolition ? La question se pose avec le projet de démantèlement du Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF).

Le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) est menacé. Sous l’égide de Frédéric Mitterrand, les activités du centre doivent être délocalisées en grande banlieue, à Cergy-Pontoise (Val-d’Oise). Cela sans concertation et en opposition aux chercheurs, en particulier ceux du CNRS qui refusent ce projet sans consistance scientifique. 
Le C2RMF, peu connu du grand public, regroupe des conservateurs, des chercheurs, des techniciens, chargés de la restauration des œuvres d’art des monuments historiques et musées français. Ses laboratoires sont parfaitement équipés, son personnel très qualifié, c’est le seul établissement au monde qui possède un accélérateur de particules dédié à l’étude du patrimoine. Son activité se concentre au Louvre, essentiellement dans l’aile du Pavillon de Flore.
Ce centre, qui travaille avec une unité de recherche du CNRS, est connu des conservateurs de musées du monde entier qui envient bien souvent sa puissance de recherche et la qualité de ses restaurations. Le personnel allie une grande érudition en histoire de l’art et une technicité hors pair pour réparer les dégâts du temps infligés aux tableaux, tapisseries, sculptures, mobiliers, sarcophages et momies égyptiennes… C’est en outre un lieu de formation de nouveaux restaurateurs, malgré le non-remplacement du personnel. Il faut alors faire appel à des entreprises privées qui utilisent les ateliers du Louvre.
La force du C2RMF est de réunir dans un même lieu des conservateurs, des historiens, des scientifiques, des techniciens des différentes branches de la restauration. Leur dispersion est un non-sens absolu. Ces dernières années (1995-2000) le Pavillon de Flore a été spécialement aménagé pour une somme conséquente de 100 millions d’euros. Le coût de la construction du nouveau centre et les frais de déménagement vont être considérables.
L’incohérence scientifique est dénoncée par toutes les personnes compétentes (en témoignent les nombreux spécialistes de tous pays qui ont signé la pétition exigeant l’arrêt du démantèlement du centre). Et cela au moment même où le British Museum, après avoir étudié le fonctionnement du C2RMF, s’apprête à construire un centre équivalent comme l’ont déjà fait la Washington Gallery ou le musée du Prado.
Les raisons de cette gabegie sont multiples mais elles trouvent toutes leur inspiration dans la politique générale de privatisation des services publics. Il y a la volonté de réduire encore le nombre de fonctionnaires, mais dans ce cas précis on peut aussi voir une menace sur l’existence même du patrimoine artistique et historique appartenant à la nation. En effet dans « la vente de la marque Louvre » aux mécènes d’Abou Dhabi, des salles leur ont été promises. Il n’est pas certain que l’Art et l’Histoire y trouvent leur compte mais la Finance oui.

Les membres du C2RMF et du CNRS, dont les adhérents de la CGT Culture, se mobilisent pour sauver ce lieu exemplaire et  mondialement connu de préservation des chefs-d’œuvre (il est remarquable que ceux qui prétendent défendre notre « identité nationale » soient par ailleurs les fossoyeurs de notre héritage culturel). Les personnels font signer une pétition à lire sur le site  : http://www.laboratoiredulouvre.blogspot.com/
Gérard Goujon

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