Budget : Le Front de Gauche à l’épreuve des faits

Ils en ont dit le plus grand mal de cette loi de finances, et à juste titre. En effet, fondamentalement injuste, cette première loi de finances de la majorité PS-EÉLV se situe de plein pied dans le cadre des politiques d’austérité, notamment dans la suite du TSCG défendu par cette même majorité. Pourtant, mardi 22 octobre, les députés du Front de Gauche se sont timidement abstenus sur la partie « recettes », premier tronçon budgétaire soumis au vote des parlementaires. Le « ni ni » en action...

Ce même jour étaient soumis au vote de l’Assemblée nationale deux textes : le projet de programmation des finances publiques (PLFPP) fixant le cap des dépenses publiques pour les cinq prochaines années et la partie « recettes » du projet de loi de finances pour 2013. Si les députés du Front de Gauche ont su s’opposer de façon conséquente en votant contre le premier, avec à peu près les mêmes arguments ils ont justifié de s’abstenir sur le second.
Être ou ne pas être une opposition ?
À défaut de communiqués du PCF ou du PG pour expliquer le positionnement de leurs députés, la lecture de l’Humanité du mercredi 23 octobre est assez éclairante. Dès l’introduction de l’article consacré à cette question, le cadre d’analyse politique est posé : « La droite s’est opposée au nom du toujours plus d’austérité, les élus PS et écologistes s’arc-boutaient sur la réduction du déficit, le Front de Gauche prônait la rupture ».
Ainsi donc, s’opposer à ce gouvernement ne peut être visiblement qu’un positionnement de droite, le Front de Gauche étant lui dans une perspective plus radicale, « la rupture ». Dans les faits, c’est André Chassaigne, président du groupe à l’Assemblée qui a avancé toutes les raisons de fond qui ont amené le Front de Gauche à s’abstenir. « Les avancées, réelles, sont bien trop timides », ce budget n’est pas « un budget de rupture » pouvant « répondre aux attentes du pays ». C’est le moins qu’il pouvait dire.
Une attitude ambiguë face au PS
Des justifications à mettre en relation avec l’attitude du PCF vis-à-vis du congrès du PS à Toulouse. Alors qu’une manifestation de la gauche sociale et politique avait lieu à l’extérieur, les représentantEs du PCF sont eux allés au congrès pour porter une lettre signée Pierre Laurent, lettre qui sera bientôt suivie d’une rencontre bilatérale PS-PCF.
En s’adressant directement au nouveau secrétaire général du PS (« Cher Harlem »), le PCF se dit « inquiet du cours pris par la politique gouvernementale ». « En totale opposition à la droite et à l’extrême droite », le PCF et le Front de Gauche appuient « tout ce qui va et ira dans le sens du changement voulu par les Français ».
Un positionnement volontairement ambigu, critique de la politique du PS mais qui ne dit pas si ce « changement voulu » se fera avec ou sans lui, ni même contre lui. L’abstention à l’Assemblée nationale se situe donc bien dans cette ambiguïté. Les députés du Front de Gauche ont voté contre le projet de budget de la Sécurité sociale mardi 30 octobre, et au PCF, certains annoncent déjà un vote contre le volet « dépenses ». Mais jusqu’au vote final mi-novembre, la route est encore longue et il faudra faire des choix.
Manu Bichindaritz

 

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