Bradouchka : hommage à Sandouville

Bradouchka est un jeune ouvrier et chansonnier, parodiste et humoriste rouennais, socialement engagé. En décembre 2009, il écrit la chanson Sandouville pour saluer le courage des ouvriers en lutte chez Renault. Le clip, réalisé avec la CGT de Renault-Sandouville, connaît un véritable succès sur le net.


D’où est venue l’idée de réaliser la chanson Sandouville ?

Je suis moi-même ouvrier, donc je suis directement touché par ce qui arrive quand les boîtes ferment. La situation est désastreuse dans les entreprises, ça ferme un peu partout. Il y a une vraie déshumanisation, les gens ont peur, ils sont divisés, il y a une pression énorme sur les ouvriers. On a beau se démener, il y a un vrai manque de solidarité, chacun défend son bifteck de son côté. Heureusement, il y a des gens qui relèvent la tête et qui réagissent, comme à Philips, par exemple, où la lutte est exemplaire. Pour s’en sortir, il faut vraiment qu’il y ait une union des luttes. C’est possible si on se met tous d’accord. Quand on ne fait que manifester, les médias minimisent et cela a peu d’impact. Les salariés ont peur de se faire licencier, alors ça arrive qu’on sente la moutarde monter, et pas que dans le privé. Par exemple les ouvriers l’année dernière qui avaient placé des bonbonnes de gaz sur le toit de leur usine ou ceux qui avaient séquestré leurs patrons.
À l’origine, la CGT de Sandouville m’a contacté pour faire la chanson. Pour moi c’était naturel d’accepter, tout ce qui permet de lutter contre la misère sociale m’inspire. Aujourd’hui, la chanson est bien connue par les salariés de la boîte, certains l’ont même en sonnerie de téléphone ! C’est devenu quelque chose de populaire. Cela a dépassé le cadre de la CGT, les non-syndiqués aussi se sont accaparé la chanson.

Ce n’est pas la première fois que tu réalises une chanson engagée.
Oui, l’année dernière j’avais fait une chanson intitulée Lettre d’expulsion, en parodiant le style de Renan Luce. Il s’agissait avec cette chanson de rendre hommage à ceux qui souffrent de l’exclusion, du racisme et de toute autre forme de discrimination. La chanson raconte avec ironie les « aventures » d’un clandestin. Il ne faut pas oublier que c’est un sujet grave et que la « guerre » menée contre les sans-papiers est intolérable.
J’ai aussi fait la chanson L’effet Sarkozy pour rendre hommage à notre bon roi-président à la sauce Bénabar. Je suis engagé, de gauche, mais je critique aussi la gauche quand il faut. J’avais fait la chanson Martine est revenue, parodie de Mathilde de Jacques Brel, qui évoque la victoire frauduleuse de Martine Aubry aux élections internes du parti socialiste en novembre 2008.
Au niveau musical, je suis un grand fan de Renaud, sauf ses derniers disques qui laissent vraiment à désirer. Autrement, je m’inspire beaucoup de Gainsbourg, et j’aime beaucoup le style des Cowboys fringants, des Québécois. On manque de groupes engagés qui reprennent les thèmes sociaux, il y a bien le rap mais ça n’est pas très populaire. On a aussi les artistes qui font de la fausse rébellion, ou des artistes autrefois engagés qui aujourd’hui sont devenus des vieux cons qui défendent la loi Hadopi et se battent contre le téléchargement.

Tu es un artiste engagé aux côtés des salariés qui luttent, comment envisages-tu le combat plus général contre le gouvernement, contre le système capitaliste ?
Je ne suis pas un représentant syndical ou politique, je n’en ai pas les talents nécessaires. Avec mes chansons, je fait plus de la lutte culturelle que politique. Je veux saluer le courage des ouvriers qui luttent et ne se laissent pas démonter par les licenciements, les suicides au travail, les délocalisations, par le grand tsunami mondial, que certains appellent la crise, d’autres le capitalisme, peu importe... Avec les partis politiques, si je devais voter aujourd’hui, je serais bien embêté. Le NPA propose de lutter contre le capitalisme, ce sont des idées justes mais c’est un peu utopiste, tu le vois quand tu es confronté à la réalité au jour le jour au boulot. Sortir du capitalisme, si aujourd’hui ça veut dire vivre en autarcie, ça ne sert pas à grand chose, ça n’a pas de sens. Pourtant, le capitalisme aujourd’hui c’est les boîtes qui licencient, le chômage, le conditionnement, la déshumanisation, etc.
Propos recueillis par Romain Bleibtreu

Retrouvez Bradouchka sur www.bradouchka.com

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