Biarritz, 18 juin : liberté pour Aurore Martin !

Par sa déclaration du 4 juin aux médias, Aurore Martin, militante de l’organisation indépendantiste Batasuna, a fait savoir qu’elle reviendrait à la vie publique dans les prochains jours. Rappelons que la « justice » française a validé le mandat d’arrêt européen (MAE) délivré à l’encontre d’Aurore par l’Audiencia Nacional de Madrid. L’État français, pour la première fois, accepte de livrer l’une de ses ressortissantEs pour son expression politique publique au Pays basque Sud (dans l’État espagnol) en tant que membre d’une organisation interdite en Espagne mais… légale en France où Batasuna a en effet pignon sur rue !

Aurore Martin s’est cachée pendant six mois afin de poursuivre son activité politique, avec toutes les limites liées à la clandestinité. Elle s’est cependant présentée aux élections cantonales en mars dernier en tant que candidate suppléante sur la liste EH Bai (coalition nationaliste) sur le canton de Tardets. Elle prend aujourd’hui la décision de réapparaître, sachant que son arrestation par la police française suivra, puis son transfert à Madrid où elle risque jusqu’à douze ans de prison.
Déjà en 2004, la juridiction d’exception espagnole avait délivré des MAE à l’encontre de militantEs de nationalité française (trois jeunes de l’organisation Segi, puis Jean-François Lefort, porte-parole d’Askatasuna, association de soutien aux prisonniers politiques basques). Mais l’État français, s’il n’hésite pas à valider sans état d’âme les MAE délivrés contre les militants basques de nationalité espagnole, avait refusé ceux concernant des citoyens français. Ce pas est aujourd’hui franchi. Et pourtant de profonds changements sont en cours au Pays basque : la gauche indépendantiste s’exprime et agit en faveur d’une résolution politique et démocratique du conflit au Pays basque tandis que l’ETA a décrété un cessez-­le-feu permanent.

Mais l’État espagnol, aidé par l’État français, poursuit, voire accentue la répression. Au fond, il refuse le droit à l’auto­détermination pour le peuple basque, il refuse qu’il puisse choisir son destin dans un cadre démocratique de discussions, votes… où les différentes positions seraient présentées. Il tente encore et toujours de bâillonner le droit à l’expression politique par la répression, l’illégalisation : la gauche indépendantiste a déposé le 9 février dernier les statuts (rédigés en accord avec la loi des Partis de l’État espagnol) d’un nouveau parti, Sortu, qui « rejette l’usage de la violence ou la menace de son utilisation pour parvenir à des objectifs politiques… y compris la violence de l’ETA », mais Sortu reste à ce jour interdit. Cependant, la Cour constitutionnelle, instance de recours dans l’État espagnol, a finalement (à une voix près !) autorisé la coalition indépendantiste Bildu (incluant la gauche abertzale) à se présenter aux élections municipales et régionales du 22 mai en Espagne. Un premier pas ? L’avenir le dira, mais le gouvernement espagnol peut s’interroger sur la spirale répressive qu’il entretient car Bildu a obtenu 26 % des suffrages... du jamais vu !

Plus que jamais, la mobilisation est nécessaire et doit s’intensifier contre le MAE, instrument liberticide aux mains des États européens pour museler les oppositions politiques, le Pays basque servant aujourd’hui de laboratoire. Il s’agit de stopper la logique répressive, d’imposer le respect des libertés démocratiques.
Le 18 juin à Biarritz*, à la Halle d’Iraty, le Collectif Pays basque contre le MAE organise avec de nombreuses organisations – dont la Ligue des droits de l’homme – une journée de débats et de mobilisation sur la base d’un Manifeste* signé par de nombreuses personnalités du Pays basque et de l’État français.
Ce 18 juin est une étape qui doit permettre d’élargir et d’intensifier la lutte pour l’abrogation du MAE, pour les droits civils et politiques.

Claude Larrieu

*Infos sur le site http://www.ekainak18juin.org/joomla/site/index.php/eu/deskargak

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