Besancenot: "Une révolte légitime de salariés à bout" (interview au JDD)

Olivier Besancenot, en grève lui-même à La Poste, comprend les actions des salariés de Sony, qui ont séquestré leur patron toute la nuit de jeudi à vendredi.

Le leader du NPA explique au Journal du Dimanche pourquoi des conflits minoritaires et radicaux se multiplient, pour "l'honneur". "L'unité et la radicalité, ce sont des bons mots d'ordre", affirme l'ancien porte-parole de la LCR.

Le PDG de Sony retenu par les salariés, c'est le symbole des nouveaux conflits?
C'est comme pour le patron de Continental qui se prend des oeufs, c'est une révolte légitime de salariés à bout. Ils sont traités comme des moins que rien, exploités et virés. Nous, si on occupe le siège de La Poste jusqu'à ce qu'on soit reçus, c'est la même chose. Des milliards d'euros volent au-dessus de nos têtes et on n'en voit jamais la couleur... C'est un mouvement qui s'étend et se radicalise. L'unité et la radicalité, ce sont de bons mots d'ordre. Dans le camp d'en face, ça se radicalise aussi. Les patrons disent: "On ne lâchera pas." Ceux qui sont responsables de la crise sont renfloués par les deniers publics et les salariés doivent se serrer la ceinture. Alors, forcément, l'air du temps reprend de la couleur.

Pour l'instant, à La Poste, vous avez obtenu quel résultat?
Aucun pour le moment. La direction nous envoie plus souvent au tribunal et au commissariat qu'à la table de négociations. Ils veulent nous mettre la tête sous l'eau. Mais cette grève est à l'image d'autres conflits en ce moment, radicaux mais déterminés, qui ne lâchent rien. Ils se font sur des ressorts autres que comptables, sur la fierté, la dignité. Un gréviste m'a dit au début du mouvement: "Je ne suis pas sûr qu'on puisse gagner grand-chose, mais je veux relever la tête, je ne suis plus une machine à trier." Et quand vous gagnez 1150 euros et que chaque jour de grève vous coûte 50 euros, vous ne pouvez pas arrêter sans avoir rien obtenu. La seule issue, c'est qu'on obtienne des victoires sociales. Le gouvernement peut lâcher, il l'a montré dans l'éducation ou en Guadeloupe.

La Guadeloupe, c'est un modèle? Domota, votre nouveau Malcolm X?
Domota est une grande figure, il a fait un sans-faute. Le LKP est un exemple à suivre et à méditer. Au-delà de l'histoire coloniale, tout le monde a un point commun avec eux, c'est la spoliation, la "profitation" comme ils disent. Il faudrait faire des collectifs contre la "profitasyon" partout en France.

La "profitation", ça devrait être ça, les mots d'ordre des manifestations du 19 mars?
Le 19 mars doit être un succès, mais vingt-quatre heures de mobilisation, ça ne suffit pas. Il faut taper plusieurs jours de suite avec le même marteau sur le même clou. C'est là que les organisations syndicales et politiques pourraient s'inspirer de la Guadeloupe. Grâce à la grève générale, l'augmentation des salaires est devenue acceptable!

Madoff en prison, c'est une bonne nouvelle?
Je ne vais pas verser une larme de crocodile sur Madoff. Mais c'est l'arbre qui cache la forêt. Il ne faut pas faire le procès d'un seul homme, mais celui du système: le procès du capitalisme dans son ensemble, et pas seulement celui du capitalisme financier. Le capitalisme entrepreneurial célébré par Sarkozy est un anachronisme. D'ailleurs, quand il part en vacances, il ne va pas chez des artisans boulangers ou des plombiers, mais chez Bouygues, Bolloré, chez des chefs de holdings qui sont dans l'industrie et la finance ou chez un milliardaire mexicain, tout récemment.

Comment qualifiez-vous le sarkozysme?
Comme une politique de classe. Il est élu par 53% des voix mais il agit pour les 6 à 7% qui ont tout le patrimoine. Tout le reste, la surenchère verbale, les commentaires sur son style, je m'en fous. Je le critique sur le fond, sur sa politique de classe menée de manière autoritaire.

Propos recueillis par Cécile Amar.
Le Journal du Dimanche

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