ArcelorMittal Luxembourg : Chantage patronal, trahison syndicale

En décembre 2012, la direction d’ArcelorMittal Luxembourg a dénoncé la convention collective des salariés de la sidérurgie luxembourgeoise, obligeant syndicats et patronat à négocier une nouvelle Convention dans un délai d’un an. Au cours de l’année écoulée, les pressions patronales et les effets d’annonces syndicales n’ont pas manqué.

Propriété privée : attaque sur les acquis sociaux
Cette dénonciation vise une rationalisation maximale des ressources humaines et techniques, pour augmenter le ratio tonne produite par salarié. Lors de la précédente restructuration, un accord patron-syndicat-État avait été signé pour la période 2011-2016 : au nom de l’avenir d’ArcelorMittal au Luxembourg, cet accord « obligeait » la direction à arrêter le site de Schifflange (800 salariés) et à réduire de 50 % la production du site de Rodange (500 salariés), alors que l’État s’engageait à payer 83 % des salaires des travailleurs mis en « chômage technique » (alors qu’ils étaient pour la plupart externalisés sur les deux autres principaux sites du pays) et ArcelorMittal 17 % !
Fin 2012, la direction commença par dénoncer la convention collective, puis utilisa cette dénonciation pour y intégrer un plan de compétitivité censé assurer l’avenir des sites au Luxembourg… comme en 2011 !
Elle proposa notamment un gel des salaires sur 2 ans, une refonte de la grille des salaires, une évolution de carrière au mérite, une réduction de 9 jours de congés extra-légaux obtenus dans les années 80… sans évoquer les 19 milliard de dollars de chiffres d’affaires du 3e trimestre 2013 !

Lutter contre la bureaucratie syndicale
Côté directions syndicales, dans le cadre des élections sociales qui ont eu lieu en novembre 2013, les deux syndicats (OGBL, majoritaire et LCGB, minoritaire), n’ont cessé de dénoncer les propositions de la direction, de crier au scandale allant jusqu’à organiser, fait assez rare au Grand-Duché, une manifestation réunissant un millier de salariés et cela quelques jours avant les élections sociales. Au vu du succès de cette manif, la direction de l’OGBL a continué à gonfler les muscles en brandissant le spectre de la non-conciliation et d’un mouvement de grève.
En réalité, les dirigeants de l’OGBL n’avaient aucune envie de prendre l’initiative d’un tel mouvement. Alors, début janvier 2013, l’OGBL a organisé des assemblées générales avec vote pour que les salariés se prononcent pour ou contre les propositions patronales et pour des actions de grève. Finalement, sous prétexte de nouvelles propositions patronales, l’OGBL n’a pas souhaité communiquer les résultats de ce vote et pour cause, puisqu’on dit que 70 % de travailleurs se seraient prononcés pour la grève !
Le 17 janvier dernier, l’OGBL a donc pris la grave responsabilité de signer la nouvelle convention collective, contre l’avis général des salariés qui se sont exprimés ! Le LCGB a eu, lui, l’hypocrisie de dire qu’il n’aurait pas signé, lui qui est souvent le syndicat le plus proche du patron.

Les travailleurs doivent décider eux-mêmes
Les directions syndicales ont su une fois de plus nous décevoir avec leur peur de lancer un mouvement qui les aurait dépassés et exclus de leur position privilégiée de « négociateurs » rencontrant directeurs et autres ministres. Cela a eu pour conséquence un recul terrible de nos droits, ouvrant la porte à toutes les attaques patronales.
ArcelorMittal a pourri la situation en jouant sur les rivalités entre syndicats, mais surtout en s’appuyant sur la faible détermination de nos dirigeants syndicaux. Une fois de plus, ils ont voulu nous faire croire qu’il fallait cela pour pérenniser l’entreprise.
Plus que jamais, les travailleurs d’ArcelorMittal et d’ailleurs doivent faire entendre leur voix et lutter, d’une part, contre les attaques patronales et, d’autre part, contre une bureaucratie syndicale qui est un frein à notre émancipation. Il faut développer la convergence de toutes les luttes en cours, quelle que soit la boîte, quel que soit le pays !

Correspondant

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