Agroalimentaire : fameux, le « modèle breton » ?

Les plans de licenciements se succèdent dans l’agroalimentaire breton où différentes filières sont touchées. Une véritable crise.

L’agriculture, la pêche et les industries de transformation sont depuis longtemps des pourvoyeurs d’emplois. Les entreprises Gad, Doux, Marine Harvest, Boutet-Nicolas ou Tilly-Sabco, qui étaient hier inconnus du grand public, font aujourd’hui la une de la presse nationale.

Crises multiples
La Bretagne est la première région agricole française : elle réalise 12 % du chiffre d’affaire de la production agricole nationale sur 5 % du territoire. Les principales activités sont les productions d’élevage qui contribuent pour 70 % à la valeur de la production agricole bretonne. La région compte 69 887 actifs employés dans 34 450 fermes. En 1970, les fermes bretonnes étaient au nombre de 150 921...
Les industries agroalimentaires bretonnes réalisent environ 18 milliards d’euros de chiffre d’affaire par an, dont 4 milliards à l’exportation, et emploient 60 000 salariés. Environ 1/3 des emplois industriels en Bretagne.
Le modèle agricole et agroalimentaire breton actuel est issu de la révolution agricole des années 50 et 60 qui a organisé le passage d’une agriculture familiale de proximité à l’agro-industrie   hyper-productiviste que nous connaissons aujourd’hui. Ce « modèle breton » traverse aujourd’hui de multiples crises : économique, sociale et environnementale.

L’environnement pollué
La crise environnementale est bien connue. Les productions animales intensives et hors sol associées à l’utilisation massive d’engrais chimiques génèrent des excédents de nitrates et de phosphates qui ruissellent, s’infiltrent et polluent toutes les ressources en eau et sont à l’origine des marées vertes sur les côtes.
La FNSEA, les industriels de l’agroalimentaire, l’UMP, mais également le PS, minimisent largement le phénomène et mettent en place des « plans algues vertes » bien dérisoires. Le contribuable, lui, paie l’addition : en 2012, le ramassage de 70 000 m3 d’algues vertes a coûté 500 000 euros. D’autres polluants plus dangereux comme les pesticides répandus sur les cultures et les antibiotiques utilisés dans les élevages nous menacent, sans parler de l’ammoniaque ou des gaz à effet de serre.
Ce modèle économique très gourmand en énergie suppose aussi des importations massives de soja transgénique depuis l’Amérique latine et contribue à la destruction des sols et des paysages.

Les travailleurs licenciés
La crise économique et sociale s’annonçait, aujourd’hui elle explose. Ainsi, les deux poids lourds de la filière avicole, Doux et Tilly-Sabco, invoquent la fin des restitutions européennes. Ces aides concernaient les exportations de poulets congelés. De 480 euros la tonne en 2007, elles ont chuté à 108,50 euros la tonne en 2012. Les entreprises, qui savaient depuis longtemps que la communauté européenne allaient les supprimer, n’ont pris aucune mesure sérieuse pour diversifier leur production et ce sont maintenant les travailleurs qui doivent servir de variable d’ajustement. Ainsi, dans la filière porcine, les entreprises bretonnes sont jugées moins performantes que les abattoirs allemands qui emploient des travailleurs d’Europe de l’Est payés à coups de trique...
Pour répondre à cette situation d’urgence, le NPA demande la suspension de tous les licenciements, et une loi cadre les interdisant. Nous exigeons l’ouverture des livres de comptes afin que les travailleurs prennent connaissance par eux-mêmes des résultats de leur entreprise. Si celle-ci est bénéficiaire, l’État doit interdire immédiatement les licenciements. Si l’entreprise connaît de réelles difficultés, il faut imposer la réquisition sans indemnité ni rachat.
L’agriculture et l’agroalimentaire doivent se reconvertir : nous refusons cette société inhumaine où les hommes et la nature sont sacrifiés pour satisfaire la rapacité de quelques-uns. Le capitalisme agro-industriel détruit l’emploi paysan, l’environnement et mène la vie très dure aux salariés des usines. L’agriculture doit cesser cette course au gigantisme, baisser drastiquement sa consommation d’énergie et de produits chimiques, et s’orienter vers des fermes de taille raisonnable produisant une nourriture de qualité en diversifiant et en relocalisant les ateliers de transformation. Le capitalisme en est bien incapable.

Michel Kernaléguen

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