2e congrès du NPA : Rebondir

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« Congrès du NPA en pleine crise de décroissance » titre le premier article de l'Humanité sur notre congrès. Une ironie qui se voudrait mordante mais qui ne reflète pas la tonalité de ce IIe congrès ni son contenu réel et sa signification.
Nous ne nions nullement les difficultés que connaît notre parti, notamment à la suite de la scission des camarades de la Gauche anticapitaliste qui ont rejoint le Front de gauche, abdiquant de notre projet. Mais ce congrès représente une nouvelle étape décisive dans le travail de refondation, de reconstruction de notre parti, un travail qui prend appui sur notre campagne présidentielle. Ce travail prend aussi appui sur le besoin qui s'exprime quotidiennement dans ce pays, à travers les luttes et les résistances, d'un parti ancré dans le monde du travail, dans les quartiers populaires, la jeunesse pour défendre leurs exigences sans compromis avec ce gouvernement et sa majorité. C'est bien ce besoin qui légitime et nourrit notre projet.
Retour sur le bilan
Le premier débat a porté sur le bilan du Nouveau Parti anticapitaliste depuis sa fondation en 2009. La crise profonde que nous avons connue renvoie à une dégradation des rapports de forces suite à l'échec du mouvement contre la réforme des retraites et à l'offensive sociale et politique des classes dominantes menées hier par la droite et aujourd'hui par le gouvernement de la gauche libérale. Elle renvoie aussi à la difficulté du mouvement anticapitaliste à développer une politique de parti défendant ses propres perspectives, son propre programme, tout en œuvrant à l'unité nécessaire au développement des luttes pour changer le rapport de forces.
Entre les quatre plateformes qui se sont constituées pour la préparation de ce congrès et d'un débat démocratique et vivant, les appréciations des causes de notre crise sont différentes, mais une très large majorité des 231 déléguéEs se sont rassemblés, par delà les désaccords, pour défendre l'actualité de notre projet.
Quelle orientation ?
La suite du débat a porté sur les questions d'orientation. Les éléments d'analyse de la crise dans laquelle la politique des classes dominantes et de leurs États a plongé la société et de la situation française depuis l'arrivée de la gauche libérale au pouvoir, sont largement partagés par une majorité de déléguéEs. La discussion s'est focalisée sur le lien entre notre politique visant à construire les mobilisations pour préparer une contre-offensive et la façon dont nous posons la question de l'alternative politique en lien avec la perspective de la transformation révolutionnaire. Cela s'est notamment cristallisé sur les moyens de construire une opposition politique à la gauche gouvernementale. Une courte majorité a voté l'orientation proposée par la plateforme X.
La discussion sur notre combat féministe a abouti à un large accord ainsi que les discussions sur les questions de fonctionnement qui ont souligné une large aspiration à une vie démocratique du parti associant le droit de tendances à une démocratie ouverte, vivante, dynamique qui vise à l'efficacité de notre combat collectif, une démocratie par en bas qui place les comités au centre. La motion sur notre travail dans les quartiers populaires a elle aussi rencontré un large accord. 
Les votes sur les plateformes ont confirmé les votes des assemblées préparatoires. S'il n'a pas été possible d'aboutir à une déclaration permettant de dépasser les clivages entre les plateformes, une motion sur « les perspectives de construction » a recueilli une large majorité. Un Conseil politique national élargi aura à décider avant l'été de notre politique par rapport aux échéances des élections municipales et européennes de 2014. Une réunion nationale des comités se tiendra dans l'année pour faire le point sur le travail de refondation, de reconstruction dont ce congrès a jeté les bases.
En conclusion, un riche et vivant débat démocratique qui n'a certes pas permis de surmonter les divergences mais a ouvert un vaste chantier pour œuvrer au rassemblement des anticapitalistes à travers l'activité militante, pratique et la poursuite de la discussion tant en interne qu'avec l'ensemble du mouvement social.
Yvan Lemaitre

Meeting : sous le signe de l’internationalisme
L’aiguisement de la crise, en particulier en Europe, les processus révolutionnaires toujours en cours dans la région arabe, les tentatives mais aussi les difficultés d’alternatives anticapitalistes partout dans le monde… C’est une profonde conviction qui nous pousse à maintenir la dynamique internationaliste de nos congrès.
Nous avions donc invité largement les organisations hors de France avec lesquelles nous avons établi des liens dans notre activité pour mener des combats communs. Sont venus assister au congrès les organisations suivantes : Socialist Alliance d’Australie, PCI d’Iran, PCOI irakien, le CGR syrien, le PST d’Algérie, Voie Démocratique du Maroc, le PST-U du Brésil, Igualdad du Chili, ISO et Socialist Action des États-Unis, Bloc de Gauche du Portugal, Izquierda Anticapitalista et POR de l’État espagnol, Gauche Abertzale /Bildu d’Euskadi, GA et MPS de Suisse, Sinistra Critica d’Italie, Syriza-France, DEA / Syriza et NAR/Antarsya de Grèce, et le SP de Suède. Michel Warschawski, infatigable combattant anticolonialiste en Israël est également passé. Des organisations des Philippines, d’Indonésie, du Bangla-Desh, de Sri Lanka, du Maroc, de Martinique, du Pérou et du Chili ont également envoyé des messages.
Luttes anti-impérialistes, résistances anticapitalistes
Vendredi soir, le congrès s’est transformé en meeting, pour entendre et applaudir des interventions représentatives de notre préoccupation internationaliste et des luttes de travailleurs. Ainsi, Régis Louail du NPA de Renault-Cléon a présenté les enjeux des luttes actuelles dans l’automobile, avant que notre porte-parole Christine Poupin ne revienne sur les raisons très concrètes de notre opposition à l’intervention menée par la France au Mali, conséquence d’une politique néocoloniale menée depuis soixante ans et non d’une préoccupation humanitaire. 
Nous avons ensuite donné la parole à Ghayath Naisse du Courant de la Gauche Révolutionnaire syrien qui s’implique en et hors de la Syrie pour la chute de Bachar Al-Assad, par l’auto-organisation héroïque des masses révoltées et pour une issue socialiste à cette lutte. Enfin, Ricardo Santos Martin d’Izquierda Anticapitalista a illustré par l’exemple de l’État espagnol la brutalité terrible de l’offensive des capitalistes, des institutions européennes et des gouvernements. Après avoir mis en lumière le délitement de l’État par la corruption mais aussi une complexe affirmation de logiques nationales en Catalogne et Euskadi, il a conclu sur les résistances qui se développent dans son pays : depuis le puissant mouvement des « Indignados » et la recherche d’une contre-offensive efficace pour battre les plans de destruction des acquis sociaux et ­démocratiques de la population.
Jacques Babel

De nombreux invités
Outre des organisations venues d'autres pays, ont assisté à notre congrès des représentantEs de nombreuses organisations françaises. Nous remercions donc pour leur présence :Alternative libertaire, les Alternatifs, Convergence et alternative, la FASE, la Gauche anticapitaliste, la Gauche unitaire, Lutte ouvrière, le Parti de gauche, le collectif Saint-Just des sans-papiers de Paris 17e, l'inter-collectif de solidarité avec les luttes des peuples du monde arabe... Le MOC a envoyé un message.

Tribunes

Nous donnons une dernière fois la parole aux quatre plateformes électives afin de tirer le bilan de ce congrès.
Tribune W
Mieux qu’hier, moins bien que demain
Nous souhaitions que ce congrès marque un coup d'arrêt à notre crise interne et soit l'occasion d'un nouveau départ : l'appropriation du parti par l'ensemble de ses militantEs et la possibilité de se tourner vers l’extérieur. Un pas a été franchi : le congrès confirme la volonté de poursuivre la construction d’un outil utile pour lutter et s’organiser pour une société anticapitaliste et émancipatrice.
Si des avancées ont été actées, le renouveau est loin d’être gagné : il dépendra de la volonté de toutes celles et ceux qui y œuvreront, à tous les niveaux, dans les prochains mois. Il s'agira de transformer l'essai, en veillant au respect des engagements pris.
Parmi les décisions positives :
> la tenue, d’ici un an, d’une réunion nationale des comités, échéance centrale pour (re)donner leur place aux militantEs et ouvrir un espace de discussion collective, non décisionnel, pour construire notre intervention ;
> l’adoption « dans la douleur » de la rotation des mandats (même si le nombre de 4 est trop élevé) ;
> la possibilité de siéger en binôme au CPN, pour favoriser le travail collectif et la participation des régions – encouragement à la prise de responsabilités, au partage des tâches, baisse de l'usure militante ;
> un débat sur la pertinence – et les modalités ? – de notre participation aux Européennes de 2014, qui s’inscrit dans une réflexion globale sur les institutions.
En fin de congrès, le texte adopté « Perspectives de construction », initié par la PW, bien que limité, donne au CPN un mandat concret. Nous regrettons qu’il n’ait pu s’articuler avec une déclaration de politique générale ; non par goût des formules fourre-tout ou hors-sol, mais par souci d’un signe positif envoyé à l’extérieur : le NPA lutte, depuis en bas et à gauche, contre ce gouvernement et pour une transformation révolutionnaire de la société.
Nous ne nous pérenniserons pas en tendance mais aspirons à prolonger notre travail dans le parti, avec ses militantEs et ses courants, pour le faire fructifier ensemble.
Cependant, les liens politiques et fraternels qui s’y sont tissés perdureront, dans une démarche d'expérimentation pratique et de responsabilité dans l'exercice des mandats confiés par le congrès. Nous encourageons les militantEs à partager avec nous toute idée, expérience ou pratique permettant au NPA de s'améliorer.
Restent aussi nos espoirs, nos rêves, nos énergies et nos volontés, partagés avec l’ensemble des anticapitalistes, du NPA et d’ailleurs.

Tribune X
Une nouvelle page...
Nous avons voulu faire de ce congrès un moment de débat et de rassemblement pour tourner la page d’une période difficile pour le NPA et créer les conditions pour reprendre l'offensive. L'aspiration au rassemblement s'est largement exprimée mais elle s'est heurtée à des attitudes fractionnelles, aussi à des incompréhensions et désaccords politiques qu'il s'agit maintenant de surmonter dans la pratique.
Nous n'avons atteint que partiellement notre objectif et l'essentiel du travail reste devant nous, dans nos comités comme aux différents niveaux de direction. Pour cela nous avons des points d'appui solides. D'abord,notre projet de regroupement des anticapitalistes pour construire un parti pour la transformation révolutionnaire de la société, contesté par certains, reste la base d'un très large accord dans le parti. Il y a aussi un large accord, par-delà les plateformes, sur l'essentiel des textes d'orientation. L’orientation majoritaire recueille 55,9 % des voix sur la façon dont nous articulons notre intervention dans le monde du travail, les quartiers populaires, la jeunesse, les luttes, la construction d'une opposition de gauche et la perspective d'une alternative politique en rupture avec le capitalisme, un gouvernement anti-austérité donnant à la population les moyens de contrôler la marche de la société et de l’État.
Des camarades gardent une méfiance vis-à-vis de cette démarche craignant qu'elle nous conduise à renouveler la douloureuse expérience du départ de la Gauche anticapitaliste. Ces méfiances sans fondement, entretenues par des réflexes de tendances, ont nourri les divisions. Nous le regrettons.
Nous avons tenté d’aboutir à une déclaration politique du congrès plus large que notre majorité, sans succès, malgré les efforts d’une partie des déléguéEs de la Y et de la W.
Nous avons pu aboutir, avec les déléguéEs de la plateforme W, à l’élaboration d’une motion « Perspectives de construction » largement majoritaire, définissant les grands axes de notre activité et un calendrier, intégrant un CPN élargi pour décider de notre politique dans les prochaines échéances électorales et une réunion nationale des comités fin 2013.
Dans une déclaration, les déléguéEs de la X appellent l’ensemble des camarades à s’emparer de leur parti, à se réapproprier notre projet. En continuant les débats engagés, tant sur notre orientation que sur la démocratie et notre fonctionnement, nous pouvons ensemble aller plus loin que le congrès n'a su et pu le faire. Nous pouvons redéployer notre parti à travers une campagne de construction du NPA sur les lieux de travail, dans les quartiers ou au sein de la jeunesse en lien avec les luttes et les mobilisations, en contribuant à leur convergence.

Tribune Y
Ou va le NPA ?
Lors de ce congrès les désaccords se sont approfondis avec la plate forme X. En juin « l’opposition de gauche » était définie ainsi : « Une telle opposition ne pourra qu’être le résultat de confrontations politiques, de différenciations dans les luttes. C’est à travers des tests pratiques que nous verrons si les différents courants s’adapteront ou non à la mise en place de l’austérité, s’ils chercheront à construire et étendre les mobilisations, à sortir du « dialogue social » pour affronter les sociaux-libéraux ».
Quelques mois plus tard, l’opposition de gauche est devenue le creuset d’une alternative politique, elle-même précurseur d’un gouvernement anti-austérité qui implique une énième campagne d’interpellation du FDG par en haut, comme le précise la déclaration des délégués de la X, non soumise au vote des congressistes : « Cette opposition devra poser la question de l’alternative politique (…) de la nécessité d'un gouvernement anti-austérité » ; en insistant : « Nous voulons en débattre dans nos syndicats et associations, entre militants et avec les partis politiques de gauche qui ne participent pas au gouvernement ».
> Les mêmes « recettes » causeront les mêmes dégâts
La courte majorité (51 % des voix) ne tire pas les leçons de ce qui a provoqué la crise du NPA. Elle réadapte la politique du front permanent, social et politique avec le FDG portée en son temps par la GA. Pour nous, cette politique d’interpellation par déclarations et communiqués interposés est une impasse.
Nous souhaitons une politique de front unique avec toutes les organisations issues du mouvement ouvrier (parti, syndicats, associations…). En s’adressant directement à la classe ouvrière autour de l’opposition à la guerre française au Mali, la lutte pour l’égalité des droits et l’opposition aux plans de licenciements. Une politique qui commence par mettre en mouvement notre camp social sur des objectifs de lutte précis, qui propose de s’affronter au gouvernement, tout en avançant la question du pouvoir. Cette dernière se posera à partir des luttes de masses et de l’auto-organisation des travailleurs. Il s’agira alors de savoir qui contrôle, qui décide l’organisation de la société.
> Rassembler le parti autour de tâches communes
Nous ne dépasserons pas immédiatement les désaccords importants sur la politique à mener vis-à-vis des réformistes. Le moyen d’avancer malgré ces désaccords est de mettre au centre de nos préoccupations et de notre activité l’intervention dans la lutte des classes. À 2 500 membres, ce doit être une priorité. Prenant appui sur les 32 % des voix qui se sont portées sur la plate forme Y dans les AG électives, nous continuerons à proposer à tout le parti et à mettre en œuvre cette politique.
Antoine (75), Armelle (92N), Damien (59), Gaël (92N), JB (92N), Jean-François (93), Jean-Philippe (75), Marie-Hélène (76), Mathilde (92N), Sylvain (75)

Tribunes Z
Combattre l’orientation majoritaire et construire une alternative révolutionnaire
(Synthèse de la déclaration de la plateforme Z en fin du IIe Congrès du NPA)
La direction sortante a gagné une courte majorité sur la base d’un texte qui prépare les conditions d’une aggravation de la crise. Sur le fond, au motif d’« opposition de gauche » et de « gouvernement anti-austérité », elle veut trancher la question du pouvoir dans un sens qui s’éloigne de la stratégie révolutionnaire.
Les formules qu’elle propose ouvrent la voie à un « gouvernement de gauche » avec des réformistes et des antilibéraux dans le cadre des institutions du capitalisme. Ce tournant se fait sous la pression du Front de gauche qui appelle au rassemblement de « l’autre gauche » dans la perspective, justement, « d’un gouvernement anti-austérité ». Il s’agit d’une clarification sur la droite des principes fondateurs.
C’est pourquoi nous entendons poursuivre le combat contre cette orientation désastreuse. Nous nous adressons particulièrement aux camarades de la PY pour constituer un front contre cette orientation et avancer une alternative politique axée sur l’indépendance à l’égard du Front de gauche, l’implantation du parti dans la classe ouvrière, l’intervention dans la lutte de classes et l’anti-impérialisme.
Christian, Clémence, Élise, François, Guillaume, Jean-Baptiste, Laura, Nicolas, Vincent – délégués du CCR
Poursuivre le combat pour un NPA révolutionnaire, construire le parti dans les luttes
Nous avons défendu le projet Z pour un NPA révolutionnaire, démocratique et ouvert, pour le communisme, un programme de transition axé sur le gouvernement des travailleurs, la construction en priorité dans la classe ouvrière, sans négliger les luttes écologistes, féministes, LGBTI.
Nous avons combattu l’orientation de la majorité X qui, avec son axe du « gouvernement anti-austérité », ouvre encore plus la porte à une « alternative politique » commune avec les réformistes sans rupture avec l’État capitaliste.
Avec des camarades W et une majorité de la base, nous avons contribué à démocratiser le parti (proportionnelle, rotation mandats).
Nous avons proposé à la Y de défendre ensemble nos positions communes. Les camarades n’ont pas voulu, mais ont intégré nos propositions pour la lutte de classe immédiate et nous avons donc voté leur « feuille de route » (priorité aux luttes). Nous regrettons qu’une majorité (X, W, CCR) ne l’ait pas votée. Nous proposons aux camarades Y, à toutEs celles et ceux qui le veulent, de nous concerter pour réaliser ces tâches, en convaincre les comités.
Et, pour que notre parti change d’orientation et redevienne attractif, nous renouvelons notre proposition d’une grande tendance révolutionnaire pluraliste du NPA.
Tendance Claire et délégation Z de la Meuse