Égypte. Après l’attentat d’Alexandrie

L’attentat qui a frappé la communauté chrétienne copte à Alexandrie est un indice de plus de l’emprise croissante des idées extrémistes chez certains musulmans égyptiens.

L’attentat du 31 décembre survenu à la sortie d’une église copte du quartier de Miami à Alexandrie, a fait 23 morts et près de 80 blessés.
La communauté copte représente à elle seule la moitié des chrétiens du Proche-Orient. Les coptes représentent 8 à 10 % des 82 millions d’Égyptiens.
Depuis de longues années, le pouvoir en place a donné des gages aux musulmans radicaux en augmentant les discriminations que les coptes subissent. Des professions leur sont interdites, comme professeur d’arabe ou juge. Ils n’ont pas le droit de restaurer une église sans un permis qui leur est rarement accordé sans des années de procédures, alors qu’on peut transformer n’importe quel local en mosquée sans aucun problème (ce qui permet de plus d’exonérer le propriétaire de taxe). Les rumeurs racistes qui rappellent les rumeurs antijuives (riches et complotant contre les musulmans), ne sont pas combattues dans les médias, pire elles peuvent même y être relayées.
Le gouvernement dictatorial de Hosni Moubarak a immédiatement tenté d’imputer la responsabilité de l’attentat à des étrangers (Irakiens, Al-Qaïda et même le Mossad), contre toute évidence puisque l’explosif utilisé était de fabrication locale. Cela dit, on ne peut exclure des complicités avec des étrangers. Le gouvernement essaye encore une fois de minimiser l’attentat comme il l’avait fait l’an dernier après la fusillade de Nag Hamadi qui avait fait six morts après la messe de minuit, pour masquer sa complicité de facto avec les musulmans radicaux concernant les coptes. Ceux-ci ne s’y sont pas trompés qui ont manifesté bruyamment lorsque le prêtre a voulu transmettre les condoléances du président pendant l’office funèbre. Comble de l’hypocrisie, les rues d’Alexandrie et du Caire ont été balisées de quantité d’affiches officielles proclamant l’attachement à l’unité nationale avec croix et croissant mêlés, accompagnées d’affiches avec le portrait de Gamal Moubarak, le fils, qui briguera sans doute la présidence l’an prochain.
Fait nouveau et plus intéressant, les réseaux sociaux ont mobilisé des groupes de soutien aux coptes avec la participation des rares forces d’opposition : le mouvement d’ElBaradei, les Jeunes du 6 avril et Kefaya. Les rassemblements n’ont cependant regroupé que peu de monde : au Caire, le 6 janvier on ne comptait que 200 manifestants pour 500 membres des forces de l’ordre qui, pour une fois, les ont laissé crier les slogans « Un seul peuple, un seul destin, un seul pays ! », « Un musulman, un chrétien = un Égyptien ! », « Si être chrétien est un chef d’inculpation, alors inculpez-moi ! »
La situation semble encore plus instable qu’en novembre où le pouvoir a verrouillé les législatives, empêchant ainsi toute élection de députés d’opposition y compris les Frères musulmans. Le pouvoir semble à bout de course, de la même façon qu’au Maghreb : il n’a rien à offrir aux centaines de milliers de jeunes qui arrivent sur le marché du travail, même avec des diplômes universitaires. De plus, l’augmentation du prix du blé sur le marché mondial risque de provoquer de nouvelles émeutes de la faim puisque le pain est la base de l’alimentation des Égyptiens.
Les réactions à l’étranger, dont la France, sont perçues, vu d’Égypte, pour le moins hypocrites et islamophobes venant de responsables qui se fichent du sort des millions d’Égyptiens, musulmans ou coptes, et soutiennent depuis des décennies un régime corrompu, dictatorial et vomi par les masses.
Hoda Ahmed, à Alexandrie.

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