Édito : Le chômage ou le coût du capital

Michel Sapin, ministre du Travail, relayé par les médias, a annoncé comme une bonne nouvelle qu'après 19 mois consécutifs de hausse, le nombre de chômeurs est resté quasi stable en décembre. Selon les chiffres publiés vendredi dernier par le ministère du Travail, il n'aurait progressé que de 345. Le nombre de personnes recherchant un emploi, qu'elles aient travaillé ou non dans le mois, a augmenté de 10 200 pour atteindre 4 627 600 en métropole. Le ministère ose parler de « stabilité » tout en précisant qu'elle « ne marque pas une inversion de la tendance à la hausse ».
Ces chiffres masquent la réalité. Ils ignorent tous les demandeurs d'emploi « invisibles », les radiés de Pôle emploi, soit pour défaut d'actualisation (209 700 en décembre 2012), soit pour radiations administratives (46 700, + 24,5 % sur un mois). En 2012, Pôle emploi a radié plus de 1 200 000 chômeurs qui n'auraient pas mis leurs dossiers à jour, auxquels s'ajoutent environ 50 000 radiés pour non-respect des « règles de la recherche d’emploi »…
En fait, le chômage ne cesse de s’aggraver, en particulier de longue durée. Le nombre de chômeurs inscrits depuis plus de 3 ans à Pôle emploi est aujourd’hui supérieur à un demi-million. À ces chiffres, il faut ajouter tous les demandeurs d'emploi oubliés des statistiques : les travailleurs en stage, en formation ou en maladie, mais dispensés de recherche d'emploi, les « contrats aidés »… 
Au total donc, plus de 5 560 millions de chômeurs en France.
Et l'on apprend que les banques se portent à merveille. Elles viennent de rembourser avec deux ans d'avance un tiers des prêts que leur avait généreusement octroyés la BCE.
Accumulation de masses de capitaux sans cesse croissantes d'un côté, chômage, misère, précarité et concurrence exacerbée sur le marché du travail de l'autre, une logique infernale de régression sociale. Le plus court chemin vers un nouvel épisode aigu de la crise que l'on ne pourra éviter qu'en imposant la répartition du travail entre toutes et tous, une revalorisation des salaires et en mettant les financiers et les grands patrons hors d’état de nuire.
Yvan Lemaitre

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