École : Peillon dans les pas de la droite

Le 15 mars 2004, une loi portée par le ministre de l’Éducation nationale d’alors, Luc Ferry, interdisait le port du voile à l’école...

Cette loi discriminatoire avait pour volonté affichée de « conforter l’école de la République » en réaffirmant « l’importance (…) des valeurs d’égalité et de respect de l’autre ». Sacrée valeur que de vouloir convaincre de ses principes, en excluant de l’école les jeunes filles qui n’auraient pas été convaincues ! Plus encore, à Nanterre, Torcy, Échirolles ou encore Chelles, entre 2004 et 2008, le zèle des directeurEs de certaines écoles les avait même amenés à interdire aux mères de famille portant un foulard l’accompagnement en sortie scolaire.
Le 23 décembre 2013, le Conseil d’État, saisi pour tenter de résoudre le vide, selon lui, de la loi concernant le statut des mamans accompagnatrices, a rendu son rapport. Solution a donc été trouvée de laisser le choix à l’appréciation des « autorités compétentes » qui pourront demander aux mamans voilées «de s’abstenir de manifester leur appartenance ou leurs croyances religieuses ».
Cela arrange évidemment le ministre actuel Vincent Peillon qui, d’une pirouette, à la fois maintient la loi de 2004 en s’évitant une confrontation avec les militantEs et collectifs antiracistes, maîtrise le débat puisque le rapport dit que les mères voilées peuvent accompagner, contente les partisans de l’école sanctuaire de la neutralité et de la laïcité, essentiellement quand il s’agit de la religion musulmane, en ouvrant la possibilité que le contexte puisse justifier un refus d’accompagnement. Le gouvernement s’est donc pour l’instant évité un débat public sensible à quelques mois des municipales.

Continuité d’une politique raciste et discriminatoire
Entre 2004 et 2013 se seront accumulés les lois antifoulard ou antiniqab, les débats sur l’identité nationale, la viande halal ou encore les prières de rue. À chaque fois, c’est une partie de la population vivant en France qui est stigmatisée. C’est en partant de ce substrat raciste que l’on ouvre en grand les vannes au Front national et à sa préférence nationale, et il est court le chemin qui mène du prétendu problème du foulard à l’école à la suspicion récurrente envers les musulmanEs.
Les mères voilées ne sont pas le problème de l’école. C’est pourquoi, la loi de 2004, confirmée en 2013, doit être abrogée comme toutes les lois racistes qui l’ont précédée !
Laïcité, neutralité… combien avons-nous entendu de mensonges qui viseraient à nous faire croire que l’école n’est pas au service d’une idéologie, ne reproduit pas les inégalités sociales, mieux, tenterait de les réduire ?
De réductions budgétaires au retour de la morale (bourgeoise !) en passant par la sélection de plus en plus précoce, l’école reste un lieu de reproduction de l’idéologie dominante et, selon les moments et le rapport de forces, elle tend davantage la main aux patrons et aux grandes enseignes privées pour financer ses projets, émettre un avis sur le contenu de ses formations.
C’est contre cette école que nous devons unir personnels et usagers, voilées ou non !

Denise Sarraute

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