À propos d’une tribune sur « Les vêtements des femmes ».

L’article de Véronique Decker – Les vêtements des femmes - publié la semaine dernière (Tout est à nous ! n° 65) est intéressant à bien des égards, notamment en ce qu’il rappelle que « depuis la nuit des temps », les hommes ont cherché à légiférer sur les vêtements des femmes. L’article retrace de manière convaincante quelques épisodes de cet aspect de la lutte pour le contrôle du corps des femmes, puisque c’est bien de cela qu’il s’agit. Malheureusement, lorsque sont abordées la période actuelle et la burqa, curieusement, le raisonnement… s’inverse. Au moins de deux manières.
D’abord, s’agissant de la burqa, on s’attend à ce que l’article dénonce un nouvel exemple de la volonté des hommes – en l’occurrence, certains « docteurs de la loi » et/ou autres tenants de la « tradition » – de légiférer sur ce que doit être l’habillement « décent » des femmes. Or… pas du tout ! L’article dénonce… les parlementaires français. À juste titre dans la mesure où il s’agit de mettre en cause la diversion que représente la loi, venant après le « débat » nauséabond sur l’identité nationale. Mais cela justifie-t-il pour autant de totalement minimiser la signification objective du port de la burqa au motif (controversé)… qu’il s’agirait d’un choix des femmes ? Alors qu’à l’évidence, comme pour tous les autres exemples énumérés précédemment, il s’agit bien là d’une « prescription » décidée par certains hommes qui, bien avant que le pouvoir français ne décide d’imposer une loi, ont « légiféré » (en sens inverse des députés français, bien sûr) et décidé à la place des femmes.
Deuxième inversion de raisonnement : pour mieux condamner les politiciens français – qui, encore une fois, le méritent amplement – seule la forme de leur décision est prise en considération. Les parlementaires viennent de « légiférer » à propos des « vêtements des femmes ». Donc, qu’il s’agisse d’interdire la burqa ou… le pantalon ou encore la minijupe, finalement, c’est du pareil au même : les hommes décident et interdisent. À ceci près que cette logique formelle évacue le fond, à savoir ce qu’il s’agit concrètement d’interdire… Les exemples historiques cités dans l’article témoignent pourtant des batailles menées par les femmes pour l’égalité avec les hommes et pour se réapproprier la maîtrise de leur corps et de son exposition. Rien de tel avec la burqa. Avoir le droit, si on le souhaite, de découvrir – un peu ou beaucoup – son corps, sans contraintes imposées par une conception patriarcale de la « décence » ou de la « pudeur » – ce qui est le sens des combats évoqués – ou être sommée de le couvrir intégralement : non, ce n’est définitivement pas pareil !
François Coustal

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