«Mélenchon ne nous propose pas l’unité» (Interview d'Olivier Besancenot, Libération du 7 février)

Olivier Besancenot, porte-parole du Nouveau Parti anticapitaliste, aborde l’épineux sujet de la présidentielle. Dont sa formation doit débattre en congrès ce week-end.

Avant même le congrès du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) qui débute vendredi, Olivier Besancenot, de retour de Tunisie, envoie une fin de non-recevoir à la proposition de rassemblement du leader du Front de Gauche Jean-Luc Mélenchon et souhaite une candidature du«mouvement social».

Alors, cet «apprentissage» de la révolution en Tunisie ?

Les travaux pratiques valent souvent la théorie ! Jusqu’alors, le militant révolutionnaire que je suis militait dans un monde sans révolution. A Tunis, j’ai pu apprécier un peuple lorsqu’il fait irruption dans l’arène sociale et politique.

Jean-Luc Mélenchon fait le parallèle avec la «révolution citoyenne» qu’il appelle…

En Tunisie ou en Egypte, ce ne sont pas des révolutions par les urnes. Le peuple, au-delà des échéances électorales, refuse toute délégation de pouvoir. La révolution est compatible avec le suffrage universel, mais elle ne saurait être une promesse électorale. La classe politique française parle du «risque de vide politique» après Ben Ali ou Moubarak. Ce n’est pas le vide qui les effraie, mais le peuple ! Là-bas, ce «vide» est rempli d’effervescence démocratique : une assemblée générale improvisée à chaque coin de rue, un militaire entouré d’une cinquantaine de Tunisiens en train de discuter, au café la serveuse vous tend un tract… Toutes proportions gardées, il y a des points communs avec les mouvements qu’on a connus en Europe.

C’étaient des manifestations, pas des révolutions…

Exact. Mais 7 à 8 millions de personnes qui manifestent ou font grève contre la réforme des retraites, ça laisse augurer de la force du nombre ! Les modèles n’existent pas. Pourtant, en France aussi, il nous faudrait une bonne vieille révolution. La liberté d’expression existe, mais nous subissons notre propre dictature : celle de la finance. Un nouveau cycle s’amorce dans le sillage de la crise économique: celui de la mondialisation des révoltes, des révolutions. Le peuple tunisien nous montre la voie de la dignité retrouvée.

Pour vous, Mélenchon n’est «pas un candidat de rassemblement anticapitaliste». Pourquoi l’écarter si vite ?

Il n’est pas mon adversaire et a le droit d’être candidat. Son courant correspond à une réalité politique.

Mais il interpelle le NPA sur sa candidature…

Ce qu’il nous propose, c’est un ralliement, pas l’unité. J’ai le plus profond respect pour les militants du PCF, du PG et de LO. Je n’aurai donc pas la prétention de leur dire :«Ralliez le NPA et on va vous rassembler.» L’unité, c’est fédérer des militants d’horizons et de cultures différents, ce n’est pas un tête-à-tête entre partis. A son congrès, le NPA pourrait proposer de fédérer les forces anticapitalistes qui s’activent au sein du mouvement social, et travailler à une candidature de rassemblement. Mélenchon se revendique toujours des années Mitterrand et de la gauche plurielle. Il laisse la possibilité entrouverte d’appliquer, demain, son programme avec le PS. C’est une différence entre nous. De plus, le chef de file d’un parti politique, quel qu’il soit, n’est pas le mieux placé pour représenter les autres partis. Si Jean-Luc Mélenchon croit au rassemblement, envisage-t-il de ne pas être candidat et de faire campagne pour quelqu’un qui incarnerait la radicalité du mouvement social ? Moi oui.

Mais qui ? En six mois de manifestations, aucune personnalité n’a émergé !

Le qui, on le verra après avoir discuté du comment.

Mais vous avez des noms à proposer ?

Je ne vais pas jouer au jeu du casting… Des personnalités «luttes de classe», capables d’incarner la radicalité, ça existe. Il faut voir si d’autres que nous au sein de la gauche sociale et politique partagent ce projet.

Si vous ne trouvez personne, vous repartez pour un tour ?

Si cette proposition de rassemblement ne trouve pas d’écho, nous désignerons une candidature du NPA au mois de juin.

Que faut-il attendre de votre congrès ?

On n’a pas cherché à masquer nos débats et nos difficultés après le revers électoral des régionales. A l’occasion de ce congrès, nous allons adopter une orientation politique et un programme faisant des propositions pour une rupture anticapitaliste.

Vous allez laisser le porte-parolat?

La nouvelle direction élira en son sein de nouveaux porte-parole, probablement deux. Ensuite, il faudra discuter si je fais partie de ce tandem ou si je bascule sur les questions européennes. L’internationalisme me tient à cœur.

Quel regard portez-vous sur vos dix ans de porte-parolat ?

Cette période a connu ses hauts et ses bas. Il y a eu des combats victorieux - comme le CPE ou le référendum européen - et des moments de reflux politiques. J’ai commencé à militer après la chute du mur de Berlin où l’anticapitalisme était un gros mot. J’ai été désigné porte-parole en 2001 avec le mouvement altermondialiste lorsqu’un «autre monde redevenait possible». Aujourd’hui, les révolutions le redeviennent. Ces changements de situation doivent savoir aussi s’incarner dans nos rangs.

Et côté bilan ?

On a longtemps été les seuls à porter certaines thématiques. Aujourd’hui, beaucoup parlent d’«anticapitalisme», d’«interdiction des licenciements», de «partage des richesses»… Je savoure avec délice ! La bataille pour l’hégémonie politique, c’est aussi populariser des majorités d’idées. Reste à gagner la crédibilité stratégique.

Par Lilian Alemagna.

 

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