Don du sang : derrière la communication gouvernementale, la stigmatisation des homosexuels

Dans un entretien publié par Le Monde ce mercredi, la ministre de la Santé Marisol Touraine affirme que « dès le printemps 2016, on ne pourra plus être exclu du don du sang en raison de son orientation sexuelle ». Si c’était le cas, il s’agirait effectivement d’une bonne nouvelle. Mais elle précise aussitôt les conditions : pour donner son sang, un homosexuel devra s’être abstenu pendant 12 mois de tout rapport sexuel, même protégé.

La ministre ose prétendre que « c’est la fin d’un tabou et d’une discrimination ». Pourtant, un homme hétérosexuel n’est exclu du don du sang que durant les 4 mois qui suivent un changement de partenaire ou un rapport non protégé… En réalité, c’est surtout un bel exemple de démagogie politicienne : faire la publicité d’une décision allant prétendument dans le sens de l’égalité, tout en ménageant la frange la plus réactionnaire de la population et du monde médical.

L’exclusion définitive du don du sang de toutes personnes répondant positivement à la question « Avez-vous eu des rapports sexuels entre hommes ? » entretient depuis 1983 un schéma selon lequel il existerait des populations à risque, alors qu’il n’y a en réalité que des pratiques à risque. Mais c’est cette fiction homophobe que le gouvernement refuse de remettre en cause.

Les autorités sanitaires justifient la différence de traitement qui sera maintenue par la forte « prévalence » du VIH parmi les hommes homosexuels, estimée à environ 14 %, qui est très supérieure à celle évaluée chez les hétérosexuels/elles. Mais la prévalence étant le nombre de personnes vivant avec le VIH dans une population déterminée, faut-il que les homosexuels malades du sida meurent plus massivement et rapidement, comme au début de l’épidémie, pour que la ministre mette la levée d’une discrimination homophobe à l’ordre du jour ?

En fonction des résultats des études réalisées sur les premiers dons, les règles qui s’appliquent aux homosexuels seront « rapprochées » des règles générales. Mais en attendant, le gouvernement poursuit la stigmatisation. Lors du scandale du sang contaminé, ce ne sont pourtant pas les homosexuels – déjà exclus du don – qui ont mis en danger les transfusés en 1984-1985, mais les amis politiques de Marisol Touraine !

Le NPA exige l’ouverture immédiate et sans condition du don du sang à tous et la rédaction d’un nouveau questionnaire préalable au don, plus précis, basé sur des données fiables et non discriminatoires, qui prendrait en compte le fait d’avoir eu ou non des rapports sexuels systématiquement protégés et d’avoir effectué un test de dépistage.

Montreuil, le 5 novembre 2015

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