Vers la conquête de la démocratie ?

Mais quelle démocratie ? La question est posée dès le soir du 31 octobre 2014...

Ce soir-là, sur la place de la Révolution, le lieutenant-colonel Zida s’avance sur la tribune, pour prendre la tête de la « transition », avant de laisser la place à un civil, Michel Kafando, comme président, lui-même occupant alors la place de Premier ministre.

Isaac Zida était jusqu’à l’insurrection le bras droit du général Diendéré à la tête du RSP, le régiment d’élite assurant la sécurité de Compaoré. Mais un militaire peut-il remplacer un autre militaire ? Le Balai citoyen défend malgré tout cette option, la moins mauvaise selon lui « face au chaos », tandis que les milieux influencés par le PCRV réclament l’élection d’une assemblée constituante.

Depuis, la situation n’a cessé d’évoluer de manière contradictoire. La population a exercé une pression incontestable, surtout au début pour virer les plus corrompus jusque dans les municipalités. Et de fait, Zida a décidé de jouer sa propre carte face à son ancien mentor condamné à jouer les putschistes. Mais en sens inverse, le Conseil national de la transition, réunissant anciens crocodiles et opposants issus de la société civile, n’a pas inauguré une franche rupture avec le passé. Très vite les mauvaises habitudes d’un pouvoir lié aux classes privilégiées ont repris le dessus : salaires de député mirobolants, aucune mesure sérieuse pour récupérer l’argent de la corruption, et bien sûr aucune réforme allant un minimum dans le sens de l’intérêt des plus pauvres depuis un an.

Diendéré, un putsch d’opérette ?

Les deux candidats en tête aux présidentielles ne risquaient guère d’inquiéter la France : à la tête du MPP, Roch Marc Christian Kaboré est un ancien Premier ministre de Compaoré et ancien président de l’Assemblée nationale jusqu’en 2012. À la tête de l’UPC, Zéphirin Diabé a certes pris l’initiative de la coalition de l’opposition contre la modification de l’article 37, mais en toute responsabilité, avant d’être débordé par l’insurrection. Zéphirin n’a pas seulement participé lui aussi en son temps au régime de Compaoré. Il a été l’ancien directeur d’Areva-Afrique, et c’est bien entendu un franc libéral sur le plan économique.

À bien des égards, le coup de force de Diendéré pouvait ressembler à un putsch d’opérette, bien mal préparé, avec bien peu de soutiens. Mais n’a-t-il pas obtenu ce qu’il voulait dans le secret des tractations avec le soutien de la Cedeao (la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest) ? Des garanties sur les cadavres qui dorment au fond des placards (dont celui de Thomas Sankara), et sur les fonds secrets accumulés dans les trafics de toute sorte dans la région depuis deux douzaines d’années ?

Pourtant la population n’a pas dit son dernier mot. Le putsch a sans doute réglé une question importante dans un pays où les militaires ont régné pratiquement sans interruption depuis 1966 : ce temps-là est fini ! Et puis la résistance a réactivé une forme concrète de contrôle et de mobilisation à la base. Une option vitale tant il est vrai que les élections maintenant prévues pour novembre ne résoudront aucun des problèmes sérieux du pays. Cela au risque de provoquer à terme un désenchantement dont pourront profiter toute sorte de courants aujourd’hui marginaux sur le terrain de l’ethnisme et de la religion, mais qui continuent à exister.

Jean-François Cabral

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