Sois jeune et tais-toi

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Jeunesse
arguments
Dossier réalisé par le secteur jeune du NPA. 

Lycées : la nouvelle politique éducative du gouvernement
 
À Paris, à Rennes, au Mans et dans d’autres villes, les lycéenEs ont été le secteur de la jeunesse le plus actif depuis l’élection de Hollande. Les mobilisations contre les expulsions des lycéens sans-papiers Leonarda et Khatchik, ainsi que contre les violences policières après l’assassinat de Rémi Fraisse, ont traduit la révolte que suscite la politique raciste et répressive du gouvernement auprès de la plus jeune génération.
 
À force de coupes budgétaires, nos établissements sont asphyxiés, et ça va continuer à la rentrée prochaine avec les suppressions de postes dans les lycées, qui nous condamnent aux classes surchargées, au non-remplacement des profs absents, au manque de matériel... Il y a chaque année des dizaines de milliers de jeunes qui se retrouvent sans lycée, et tous les prétextes sont bons désormais pour refuser ou exclure un élève.
 
Délation organisée 
Et vu qu’« école publique » rime avec « République », et que depuis janvier c’est « Sois Charlie et tais-toi ! » sur les lycées, on a désormais le droit aux cours de morale citoyenne, sur un fond bleu-blanc-rouge, avec en arrière goût les débats récents sur l’uniforme obligatoire et le grand retour du service militaire. Dernièrement, le ministère a fait circuler un livret qui préconise aux profs la délation des jeunes « radicalisés » contre « le consumérisme » et « l’autorité », tout cela au nom de la lutte contre le terrorisme.
Cette fièvre ne vise qu’à nous intimider et nous réprimer, et à faire monter la sauce islamophobe qui a déjà conduit à la stigmatisation d’élèves qui ne se reconnaissaient pas dans le 11 janvier, et à la mise à pied d’un prof de philo de Poitiers qui avait mis en avant les liens entre les attentats et l’impérialisme français ! La presse a récemment indiqué que plus de 500 lycéens avaient déjà été dénoncés par le biais de ce livret. Une véritable entreprise de délation massive !
 
Des traces des mobilisations, une conscience politique
Il n’est pas nouveau que les classes dominantes se servent de l’« éducation nationale » comme un outil pour enrégimenter toute une génération, à coups de programmes scolaires bien ficelés (l’histoire du colonialisme français n’est plus au programme au lycée), mais aussi d’horaires stricts et rigides, de discipline arbitraire. Bref, tout pour nous apprendre à nous taire une fois arrivéEs dans le monde du travail.
Mais les mobilisations de ces derniers mois ont laissé des traces, et des milliers de lycéenEs ont développé une conscience politique, quoi qu’en dise l’idéologie patriarcale qui voudrait que l’on ne puisse pas penser de façon indépendante parce que l’on a moins de 18 ans. Avec toutes celles et ceux qui le souhaitent, nous voulons lutter contre cet encadrement de la jeunesse.
Nous voulons des lycées publics, financés à la hauteur des besoins, où l’on ait notre mot à dire, des cours qui nous permettent de comprendre le monde... pour mieux le transformer !
 
Nathan (commission lycéenne Paris)

Enseignement supérieur : la logique des contre-réformes, l’adaptation aux besoins des capitalistes
 
Depuis les années 1990, l’enseignement supérieur et la recherche subissent de profondes transformations à l’échelle européenne. Cette nécessité a été formulée dix ans plus tôt par les plus grands groupes industriels, qui souhaitaient unifier le « marché de la connaissance » à travers le continent pour le rendre plus adapté à leurs besoins.
 
En France, ce processus s’est traduit par une série de réformes portées par les gouvernements de droite comme de gauche. Celles-ci visaient en priorité à remettre en cause les acquis partiels gagnés par les luttes des années 68. De la réforme LMD (2002) à la LRU (2007), il s’agissait de revenir sur les concessions qu’avait pu faire l’État, et de réduire progressivement à néant les marges de manœuvre et les droits démocratiques obtenus par les étudiantEs et travailleurEs de l’université.
La dernière attaque en date est la loi Fioraso portée par le gouvernement PS-Medef et votée en juillet 2013. Tout en validant les réformes en matière d’autonomie budgétaire imposées les années précédentes, elle enjoint notamment les quelques 90 établissements d’enseignement supérieur à se regrouper au sein d’une trentaine de pôles régionaux en fonction des besoins économiques des patronats locaux. Dans les Conseils centraux des universités, les représentants du gouvernement et du patronat, désignés sous le terme de « personnalités qualifiées », occupent une place de plus en plus importante  au détriment des étudiantEs, des professeurEs et des salariéEs et, de ce fait, ont un pouvoir accru sur les formations, le contenu des cours et la recherche.
 
Stoppons la libéralisation de l’enseignement supérieur ! 
Les conséquences sont dramatiques pour les étudiantEs. Les filières qui ne présentent pas d’intérêt direct pour le patronat risquent d’être supprimées, en entraînant par ailleurs une réduction importante des capacités d’accueil et une sélection sociale accrue, cela au détriment des étudiantEs issus des classes populaires. Des filières d’élite pour ceux et celles qui en ont les moyens, et des filières « poubelles », avec des cours surchargés et des horaires impossibles, pour celles et ceux qui doivent travailler pour financer leurs études, voilà l’université qu’ils nous proposent !
Face au programme du patronat pour l’université, nous devons être capable d’y opposer le nôtre : nous luttons pour un financement à la hauteur des besoins réels, la construction de logements sociaux, l’augmentation des bourses et la création d’une allocation d’autonomie pour touTEs les jeunes. Mais cela ne suffit pas : l’université joue un rôle clé dans la production et la reproduction de l’idéologie dominante. Pas question que nous soyons tout juste bons à recracher les discours de ceux qui nous gouvernent et à leur servir de main-d’œuvre bon marché... Nous revendiquons un savoir au service des classes populaires et des travailleurEs, de toutes celles et ceux qui font tourner la société au quotidien.
 
Sean et Sarah (Paris 1)

Université : face aux attaques gouvernementales, des débuts de ripostes locales mais en ordre dispersé
 
Les conditions d’études connaissent une dégradation sans précédent : suppression de filières et de postes de personnels, obligation de changer d’université pour suivre sa formation, mise en place de formations fourre-tout et renforcement important de la sélection…
 
Malgré plusieurs tentatives, aucune mobilisation nationale d’ampleur n’a pu se construire depuis plusieurs années. Pour autant, les résistances locales se sont multipliées, montrant que nombreux sont les étudiantEs et les personnels refusant de se laisser faire.
 
Des résistances locales laissées sans perspectives
Les étudiantEs de Toulouse, Clermont-Ferrand, Orsay, Saint-Denis et Marne-la-Vallée se sont mobilisés ces derniers mois contre l’austérité et les coupes budgétaires de plusieurs millions d’euros. Ces mobilisations n’ont pas réussi à se lier réellement les unes aux autres, même si des dates de mobilisations nationales ont existé. Ainsi, le 5 mars dernier, alors que plusieurs universités de la région parisienne étaient en lutte, un rassemblement de plusieurs centaines de personnes s’est tenu devant le ministère de l’Enseignement supérieur.
La colère et le ras-le-bol face à la casse de notre avenir est bien présent chez les étudiantEs, mais peu d’organisations cherche à les mobiliser dans une perspective commune. La direction de l’Union nationale des étudiants de France (UNEF), principal syndicat étudiant, accompagne la politique du gouvernement, acceptant la loi Fioraso et refusant d’organiser la mobilisation sur les campus. Et Solidaires EtudiantEs se contente bien trop souvent de campagnes idéologiques, ne cherchant pas à entraîner les étudiantEs dans la rue. La mobilisation du 5 mars n’a été possible que essentiellement grâce aux étudiants et personnels mobilisés des universités d’Orsay et de Saint-Denis, qui se sont coordonnés pour imposer cette journée de mobilisation. Et les jeunes du NPA ont joué un rôle actif dans la construction de cette échéance.
 
Vers une nécessaire mobilisation à la rentrée prochaine ?
Ces expériences de mobilisation et le ras-le-bol qui existe ouvrent la possibilité de mobilisations à la rentrée prochaine. D’autant que le gouvernement n’en finit plus de chercher à pressuriser l’enseignement supérieur. Il vient de décider d’amputer le budget des fonds de roulement de plusieurs dizaines de millions d’euros. Une université comme celle d’Arras se voit ponctionner plus de 20 millions d’euros par ce biais. Les conséquences seront désastreuses, car c’est avec cet argent que les universités assurent leur fonctionnement quotidien, parfois dès le mois de novembre.
Cette baisse des moyens se répercutent directement sur le dos des étudiantEs, les universités décidant simplement d’en accepter de moins en moins. La multiplication des étudiantEs « sans facs », mais aussi des mobilisations qui en découlent pour l’inscription de toutes et tous, pourraient être un levier pour commencer à repousser l’offensive du gouvernement. Plus que jamais, il est nécessaire de préparer une grève nationale des étudiantEs et des personnels pour mettre un coup d’arrêt à la casse de notre avenir !
 
JBP (Nanterre)

Répression : organisons la riposte ! Liberté pour Gaëtan et tous les manifestantEs !
 
Au cours des deux dernières années, les jeunes se sont mobilisés à de nombreuses reprises et ont tenté de résister à la politique pro-capitaliste du gouvernement. Contre le soutien apporté par la France à l’État d’Israël qui bombardait et tuait des milliers de personnes sur la bande de Gaza en juillet 2013, contre les expulsions de lycéenEs sans-papier, contre la dégradation des conditions d’étude dans les lycées et les universités, contre les grands projets inutiles, à Notre-Dame-des-Landes et à Sivens.
 
À plusieurs reprises, ce sont des milliers de jeunes qui sont descendus dans la rue pour crier leur colère face à l’injustice produite par le système capitaliste et ses valets. Mais ces jeunes ont dû faire face à un gouvernement déterminé à étouffer toutes les colères et à faire taire la contestation. Manifestations interdites, arrestations massives, condamnations scandaleuses... La répression s’est abattue sur les militantEs les plus combatifs, sur toutes celles et ceux qui tentaient de briser la fatalité, et de reprendre le chemin des luttes.
Cette répression a connu son apogée en novembre 2014, quand Rémi Fraisse, jeune militant écologiste de 22 ans, a été tué par la police alors qu’il occupait la zone de construction du barrage de Sivens. Sa mort a révélé la vraie nature d’un État au service des riches qui n’hésite pas à tirer sur des jeunes à la grenade offensive pour défendre les intérêts de ceux d’en haut, d’un État policier qui harcèle les jeunes dans les quartiers populaires par des contrôles au faciès permanents, des fouilles et des arrestations injustifiées. La vraie nature d’un État à la justice à deux vitesses qui condamne à du sursis les policiers responsables de la mort de Zyed et Bouna, deux jeunes tués à Aulnay-sous-Bois en 2005 lors d’une course poursuite avec la police, et condamne des militants à de la prison ferme pour avoir manifesté.
 
La jeunesse répond : résistance !
C’est le cas de Gaëtan, jeune étudiant de 22 ans et militant du NPA qui, pour avoir manifesté suite à la mort de Rémi Fraisse dans le cadre d’une grève à l’université de Toulouse le Mirail, s’est vu condamné à deux mois de prison ferme. Cette condamnation plus qu’injuste n’est qu’un exemple parmi des dizaines d’autres. Nous condamnons ces mesures liberticides et exigeons la liberté immédiate et l’amnistie pour tous les condamnéEs pour avoir manifesté.
Si les cas de répression se sont multipliés au cours des derniers mois, ce n’est pas le fruit du hasard. Depuis le début du mandat de Hollande, nos luttes sont restées isolées les unes des autres. Les directions syndicales ont refusé d’organiser un affrontement d’ensemble des jeunes et des travailleurEs, pourtant seul à même de faire face à la politique antisociale du gouvernement. Le rapport de forces s’est ainsi dégradé en notre défaveur, et le gouvernement s’est senti en confiance pour renforcer les mesures répressives, notamment pour s’attaquer aux militants les plus combatifs, spécifiquement dans la jeunesse.
Pour y faire face et rendre la pareille à ce gouvernement de combat, seules des mobilisations d’ampleur de notre camp social seront à la hauteur. Face à la répression, à l’État et au système injuste qu’ils maintiennent, organisons la résistance, regroupons nos luttes !
 
Léa (Nanterre)

Racisme : contre la politique anti-immigréEs du pouvoir, les luttes victorieuses de la jeunesse !
 
Le gouvernement ne ménage pas ses efforts pour poursuivre et amplifier la politique raciste et stigmatisante que son prédécesseur avait largement entamé. Des sorties de Valls sur les Roms aux expulsions de sans-papiers qui se poursuivent massivement, l’offensive anti-immigréEs n’a connu aucune pause depuis l’élection de Hollande.
 
Pas de pause non plus pour mener le combat contre cette politique d’oppression et de division qui frappe toutes les classes populaires, et donc aussi les jeunes. Ces derniers mois, quelques victoires ont vu le jour, permettant de montrer la voie pour en gagner de nouvelles, plus importantes. Ces victoires constituent aussi la meilleure réponse pour lutter contre le Front national qui se nourrit des désillusions semées par la gauche gouvernementale et flatte les préjugés racistes entretenus par toutes la classe politique.
 
Le 23 mars, Alaa lycéen menacé d’expulsion, était libéré !
Alaa Belkhir est élève au lycée professionnel la Tournelle, à la Garenne-Colombes (92). Originaire d’Algérie, il vit en France et y étudie depuis 4 ans. Mais Alaa est sans-papiers. Alors que son bac était dans 3 mois, le 27 février, suite à un simple contrôle de police, il a été enfermé en centre de rétention avec une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
La mobilisation pour soutenir Alaa a été lancée pendant plusieurs semaines. Lundi 23 mars, la lutte a payé : Alaa a été libéré ! Cette victoire a été un bol d’air dans une situation où la politique anti-ouvrière et raciste du gouvernement ne trouvait pas de résistance sur son chemin.
 
Lutte victorieuse des mineurs isolés étrangers !
Depuis plusieurs mois, de jeunes immigrés ayant fui les ravages et les guerres causés par l’impérialisme français étaient laissés à la rue sans aucune solution d’hébergement. Une belle démonstration du caractère prétendument humanitaire des entreprises guerrières menées par le gouvernement. Le 24 avril, après un mois d’occupation au côté des mal-logés soutenus par l’association Droit au logement, place de la République à Paris, et après quatre mois de lutte pour leur prise en charge immédiate comme le prévoit la loi, les 43 mineurs isolés étrangers ont obtenu du ministère du Logement leur hébergement. Un désaveu important de la politique de la mairie PS de Paris qui, non content de les laisser à la rue, pensait rendre invisibles ces jeunes. Le combat se poursuit maintenant sur leur scolarisation et leur prise en charge immédiate par la mairie.
Même à petite échelle, ces victoires ont montré que la jeunesse pouvait faire reculer le gouvernement et surtout qu’il est possible de mettre en échec sa stratégie : faire des étrangers des boucs-émissaires pour essayer de masquer le mécontentement suscité par la politique de son gouvernement.
 
Lucas (Paris)

Baltimore : la jeunesse se révolte contre le racisme et les violences policières !
 
Le 19 avril, Freddie Gray, un jeune noir de 25 ans, est mort après avoir été frappé par six policiers lors d’une arrestation arbitraire dans un quartier populaire de la ville de Baltimore, dans l’État du Maryland.
 
L’assassinat de Freddie Gray n’est qu’un nouvel exemple des violences et brutalités racistes quotidiennes de la part de la police contre la jeunesse et les travailleurEs noirs. Le cas de Freddie vient s’ajouter à celui de Michael Brown à Ferguson l’année dernière, qui avait déjà donné lieu à une importante contestation. Aux États-Unis, une personne noire est tuée par la police toutes les 28 heures, les Noirs remplissent les prisons et sont victimes de la précarité et du chômage à une grande échelle. Cette situation sans avenir ne peut qu’engendrer frustration, rage et indignation !
 
Mouvement #BlackLivesMatter : des révoltes dans plusieurs villes
La contestation ne s’est pas fait attendre. Des manifestations quasi quotidiennes ont été organisées dans plusieurs villes par des organisations de jeunesse, de lycéenEs et d’étudiantEs, et du mouvement social. Le 27 avril, des centaines de lycéenEs ont pris les rues de Baltimore pour dénoncer les violences policières. Le 1er mai, de Baltimore à New York en passant par Los Angeles, Miami, Seattle et Chicago, des dizaines de milliers de jeunes et travailleurEs ont fait entendre leur exigence de justice, et se sont mobilisés contre des conditions de vie qui se dégradent et une violence de la part de l’État toujours plus importante.
Dans une action qui reprend la tradition de lutte des travailleurs américains pour les 8 heures, les dockers d’Oakland ont lancé un appel à la grève en solidarité avec le mouvement pour le 1er mai. Le message que veut faire passer ce syndicat combatif est très important : la lutte des travailleurEs et de la jeunesse noire et immigrée contre la répression policière et pour l’égalité des droits doit être une lutte commune.
 
À Baltimore et partout ailleurs, la jeunesse a raison de se révolter !
Malgré l’hypocrisie d’Obama qui dit qu’il n’y a pas de préjugé racial aux États-Unis, cette violence raciste est structurelle. Après 7 ans de ce pouvoir, les conditions de vie de la population afro-américaine ne se sont pas améliorées, tout comme celles de l’ensemble de travailleurEs. Voilà les raisons profondes de la révolte des jeunes américainEs qui refusent le chômage, la précarité et le racisme comme seul avenir.
En France, le gouvernement et la police répriment au quotidien la jeunesse dans les quartiers populaires, mais aussi les mouvements sociaux qui contestent leur politique. Dans le monde, depuis plusieurs années, la jeunesse a su se révolter. Des Indignés aux mouvements étudiants, de Baltimore jusqu’en France, nous sommes des millions à relever la tête. Et nous avons bien raison de refuser de nous laisser faire, face à un système capitaliste qui nous mène droit dans le mur.
 
Laura (Paris 8)

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