La police : républicaine et raciste

Qu’il s’agisse de ceux répertoriés par l’Observatoire des libertés publiques créé par Maurice Rajsfus (voir page 12), par Amnesty International ou les sites contre les violences policières, les crimes policiers ont une constante. Leurs victimes sont issues des quartiers populaires, sont généralement jeunes, très majoritairement noires, arabes ou tsiganes. Faut-il encore rappeler qu’ils s’appellent Adama, Zyed, Bouna, Babacar, Gueye, Wissam, Amine, Mohamed, Angelo, Hakim, Ismaïl, Lamine ou Ali ?

Des « brebis galeuses » ?

Les policiers incriminés seraient des « brebis galeuses » au sein d’une police non raciste ? Encore faudrait-il que les auteurs de ces crimes soient reconnus comme tels, sanctionnés par leur hiérarchie, condamnés par la justice. Ce qui n’est quasiment jamais le cas.

Et de quoi parle-t-on ? On parle de milliers de policiers se lâchant sur des groupes Facebook. On parle d’une corporation qui vote de 50 à 70 % pour l’extrême droite, un vote dont la première motivation donnée est le racisme. On parle d’une chaîne de comportements qui vont du harcèlement policier, de l’insulte régulière, des contrôles au faciès jusqu’au crime.

Ces crimes se produisent aujourd’hui mais ne datent pas d’hier. Le fait même qu’aucune institution de la « République » ne les répertorie est en soi une condamnation.
En 1982, quarante ans après la rafle du Vél d’Hiv par la police française, Maurice Rajsfus écrivait : « Quarante ans après, je n’ai pas pardonné ! Mes parents sont morts à Auschwitz, et c’est par miracle que j’ai pu échapper à l’extermination, mais les deux policiers qui ont détruit ma famille coulent une retraite paisible et n’éprouvent sans doute pas le moindre remords. Fonctionnaires dociles au service des nazis, ils devaient sans doute se réhabiliter avec leurs collègues le 19 août 1944 et assurer l’ordre républicain sous de Gaulle et ses successeurs. Certains d’entre eux serviront assez longtemps pour"ratonner"  les Arabes en 1961 et matraquer les étudiants en mai 1968. »

Lutter contre le racisme = lutter contre un ordre raciste

La radicale importance des manifestations actuelles est le fait qu’une nouvelle génération bascule du côté de l’antiracisme et de la lutte contre les violences policières. Ce n’était pas évident et ce n’est pas fatal. Après tout, ces dernières années, à l’encontre des idées reçues de celles et ceux qui voudraient se rassurer à bon compte, le vote, explicitement raciste, pour Marine Le Pen, le FN ou RN était un vote de plus en plus jeune.
Si on veut que ce basculement se confirme, qu’il ne soit pas un éphémère printemps s’épuisant dans la protestation morale, il faut qu’il s’ancre dans la lutte contre tout l’ordre dont la police est le bras armé.

Voilà l’enjeu des débats actuels sur le racisme et la police. Et Macron, dimanche 14 juin, a clarifié les choses. Il ne faut pas s’attaquer à la police car elle est la garante de « l’ordre républicain ». Il faut « s’unir autour du patriotisme républicain ». En son nom, « la République n’effacera aucune trace, aucun nom de son histoire ». Voilà assumé et légitimé l’héritage de Jules Ferry, icône des valeurs républicaines et grand défenseur de la colonisation qui parlait à l’Assemblée des « droits et devoirs des races supérieures ».

La police, garante d’un ordre social injuste et discriminatoire

Unir autour du patriotisme républicain, de la nation et de sa souveraineté : voilà qui exclut d’emblée les étrangerEs et légitime l’inégalité de droits basée sur la nationalité. Exclus migrantEs et sans-papiers, légitimés les contrôles au faciès.

Mais exclus dans la foulée aussi celles et ceux qui ne peuvent assumer cette histoire, enfants, petits-enfants, arrière-petits enfants des coloniséEs ou migrantEs d’hier. Tout ce qui est en dehors de ce récit national est rejeté hors même de l’ordre politique, du droit même à manifester, à s’exprimer, taxé de séparatisme et de communautarisme. Légitimé alors le racisme le plus cru, celui qui est affaire de couleur de peau, d’apparence. Avec ou sans papiers.

Voilà la racine du racisme systémique de la police : si la police est, en dernier et violent ressort, la garante d’un ordre social injuste et discriminatoire, alors les pratiques de la police sont violentes, injustes et discriminatoires. Cela sélectionne les candidats à la fonction, mais ce sont aussi les modes de socialisation professionnelle et les pratiques que les policiers sont menés à adopter qui les façonnent.
La république française n’est pas un concept. Elle est la forme de gouvernement d’un système de domination, raciste et de classe. Alors oui, en France, la police est républicaine. Et oui, la police est raciste.

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