Une gestion calamiteuse de la crise

C’est le 16 mars, au cours d’un discours durant lequel il ne prononcera jamais le mot, qu’Emmanuel Macron annonçait l’entrée en vigueur du confinement. Celui qui, dix jours auparavant, se mettait ostensiblement en scène lors d’une sortie au théâtre, déclarant « La vie continue, il n’y a aucune raison, mis à part pour les populations fragilisées, de modifier nos habitudes de sortie », adoptait brutalement une posture martiale, deux jours après le premier tour maintenu des élections municipales : « Après avoir consulté, écouté les experts, le terrain et en conscience, j’ai décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire. Dès demain midi et pour 15 jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits. Cela signifie que les regroupements extérieurs, les réunions familiales ou amicales ne seront plus permises. Se promener, retrouver ses amis dans le parc, dans la rue, ne sera plus possible. Il s’agit de limiter au maximum ces contacts au-delà du foyer. » Les 15 jours sont devenus deux mois, au cours desquels le pouvoir a fait la démonstration non seulement de son impréparation totale, mais aussi de son incapacité à gérer la crise.

Irresponsables, menteurs, dangereux

Les injonctions contradictoires du gouvernement ont rythmé ces deux mois de confinement, avec comme rengaine principale : restez chez vous, mais allez travailler. Soit la vérité nue d’une Macronie obsédée « en même temps » par le contrôle absolu, autoritaire et paternaliste, de la population, et par la volonté de faire fonctionner à tout prix la machine à faire du profit. Deux mois durant lesquels les prétendus « premiers de cordée » sont restés chez eux en se réjouissant des mesures prises par le gouvernement dans le but que leurs bénéfices ne soient pas confinés, faisant au passage la démonstration de leur inutilité sociale absolue, tandis que les « premierEs de corvée » continuaient de faire fonctionner la société par leur travail dans les secteurs essentiels de la production et des services, mettant en danger leur vie et celle de leurs proches.

Deux mois durant lesquels les outrances et les mensonges se sont succédé. « Je crois qu’on ne peut pas dire qu’il y a eu un défaut d’anticipation de cette crise, bien au contraire. » Ainsi s’exprimait par exemple, le 23 mars, Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, sur l’antenne de CNews. Difficile, en l’entendant faire une telle déclaration, de ne pas se souvenir des propos d’une certaine Ndiaye Sibeth, le 4 mars sur France Inter : « On ne va pas fermer toutes les écoles de France. C’est comme quand il y a une épidémie de grippe en France, on ne ferme pas toutes les écoles ». Et l’on ne parlera pas ici des mensonges répétés sur les masques, au sujet desquels la « doctrine » du gouvernement n’a évolué que dans le but de dissimuler la pénurie, de la pression exercée sur les salariéEs travaillant dans des secteurs de production non essentiels, ou de l’absence de mesures de réquisition des entreprises pharmaceutiques.

En finir avec Macron et son monde

Si Macron et les siens se sont illustrés par une gestion calamiteuse de la crise, ce n’est pas – seulement – par incompétence, mais aussi en raison de ce qu’est leur vision du monde, de l’économie, des rapports sociaux, de la politique. Dans l’imaginaire étroit de ces adeptes béats de l’économie de marché, il ne faut en effet prendre aucune décision qui pourrait un tant soit peu remettre en cause durablement la logique capitaliste. On préfèrera ainsi dépenser des dizaines de milliards d’euros d’argent public pour maintenir à flot des grands groupes plutôt que de les faire passer sous contrôle public ; on refusera de plafonner réellement le prix des masques – sans même parler de les rendre gratuits – en avançant l’argument selon lequel « il ne faut pas freiner l’innovation » ; on promettra des primes aux soignantEs plutôt que d’augmenter leurs salaires, on fera appel au bénévolat plutôt que d’embaucher massivement dans les services publics, en premier lieu dans les hôpitaux.

Autant de décisions – ou d’absence de décision – qui témoignent non seulement de l’absurdité et de la dangerosité d’un système dans lequel les profits priment tout, même la vie, mais aussi de l’absence totale de volonté, du côté du pouvoir, de changer de logiciel. Durant les semaines et les mois qui ont précédé le confinement, les luttes étaient nombreuses qui revendiquaient d’« en finir avec Macron et son monde ». La période de deux mois qui vient de s’écouler devrait nous renforcer dans cette aspiration, et les leçons devraient en être tirées par toutes celles et tous ceux qui refusent l’ordre existant : il n’y a pas de juste milieu entre, d’une part, leur projet d’exploitation toujours plus grande des êtres humains et de la planète et, d’autre part, un projet de rupture assumée avec le système capitaliste. Les deux mois de confinement ont évidemment pesé négativement sur le rapport de forces entre les classes, avec des effets sociaux délétères et une grande difficulté à lutter. Mais ces deux mois ont aussi été l’occasion de se poser de nouvelles questions, de tisser de nouveaux liens, d’expérimenter d’autres formes de combats et de solidarités. Il s’agira d’en tenir compte dans les luttes qui ne manqueront pas de se développer dans les semaines à venir, et qu’il importe de préparer et de construire, ici et maintenant.

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