Retraites par points : le jeu de bonneteau de Macron-Delevoye

Le jeu de bonneteau consiste à arnaquer un passant crédule en lui faisant croire qu’il peut gagner de l’argent à un jeu où il est, à tous les coups, perdant. Pour y parvenir, l’habileté du bonimenteur est d’attirer l’attention sur une carte, pendant qu’il manipule les deux autres à l’insu de celui qui a eu l’imprudence d’entrer dans le jeu.

À tous les coups... on perd

C’est exactement le tour de passe-passe auquel se livrent Macron et Delevoye avec leur projet de « retraite par points ». Ils attirent l’attention sur le prétendu objectif de la réforme : créer un régime de retraites « universel » avec les mêmes règles pour touTEs, pour dissimuler son but réel : instaurer un système où les retraites publiques doivent entrer dans une enveloppe fixée à l’avance de 14 % du PIB. Le taux de cotisation serait fixé de manière définitive à 28,1 %. Compte tenu de l’accroissement de l’espérance de vie, du taux de chômage, de la situation économique, le niveau des retraites deviendrait une « variable d’ajustement ». Dans une société où le nombre des retraitéEs augmente par rapport à celui des actifs, cela signifie une baisse des pensions pour toutes et tous. L’augmentation des cotisations patronales qui devrait être l’enjeu du débat est d’emblée écarté. C’est la « règle d’or », présentée comme une évidence à la fin du rapport Delevoye.

Dans le système actuel « à prestations définies », où les règles sont connues à l’avance (durée de cotisation, calcul de la pension), il faut, chaque fois qu’on veut les modifier, faire voter une nouvelle loi au risque de déclencher des mobilisations. Avec le système Delevoye-Macron, aucun débat, aucune loi : des calculs d’experts les remplacent et ajustent chaque année le niveau des retraites, sans discussion possible.

Un « choix », quel choix ?

Le seul « choix » laissé au salarié est une décision individuelle entre un travail sans fin (s’il a encore un emploi et les capacités) ou une retraite de misère. C’est pourquoi Macron ne fait pas de « l’âge pivot » proposé par Delevoye un tabou. Ce qui importe, c’est la durée de cotisation. Elle amène le ou la salariéE à « choisir librement » de travailler plus longtemps, pour avoir une retraite décente.

Sous l’apparence d’un traitement égal et juste, c’est une régression du niveau des pensions qui est organisée. Dans le système actuel, seuls les meilleurs salaires sont pris en compte pour le calcul de la retraite : pour les fonctionnaires, les 6 derniers mois, pour les salariéEs du privé les 25 meilleures années. En prenant en compte toute la carrière, c’est-à-dire aussi les plus mauvaises années (petits boulots, temps partiel…), le salaire de référence ne peut que baisser, faisant diminuer la pension.

ChacunE n’a pas les mêmes chances d’accéder à la formation, à la qualification, n’a pas les mêmes risques de subir chômage et précarité, ne subit pas les mêmes conditions de travail ; quant aux femmes, elles portent encore l’essentiel des conséquences de l’éducation des enfants sur leur carrière.

C’est le rôle de la Sécurité sociale de corriger ces inégalités par des mécanismes de solidarité évitant qu’elles ne se creusent avec la retraite.

Or, dans la réforme Macron-­Delevoye, ces mécanismes ne seront plus financés par des cotisations sociales mais par des impôts, payés avant tout par les salariéEs, et qui ne pourront guère augmenter sous peine de « ras-le-bol » fiscal.

Le non-dit de la réforme : ouvrir la porte à la capitalisation

Macron et Delevoye ne cessent de le répéter, leur réforme aurait pour but de préserver les retraites par répartition. Pourtant, le rapport Delevoye ouvre une porte aux retraites par capitalisation pour les hauts salaires (+ 120 000 euros par an), dont les droits à retraite par répartition sont « plafonnés ». Mais c’est surtout la baisse inéluctable des retraites de l’ensemble des salariéEs qui poussera celles et ceux qui en auront les moyens à « compléter » une retraite publique insuffisante par un « complément » de capitalisation.

Le grand gagnant de l’opération est le patronat, qui se voit garantir contre toute hausse de cotisations et voit s’ouvrir le marché juteux des ­assurances retraites.

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