Quand la grève doit appartenir aux grévistes

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Lors de la grève à la SNCF, notamment sur Paris, se sont mis en place des comités émanant des assemblées générales. Peu importe le nom que se donnent ces structures : comité de grève, bureau d’organisation de la grève ou comité de mobilisation, ils sont, malgré leurs limites, un apport essentiel au mouvement.

Ces comités ont tous été proposés dans les assemblées générales, ils en sont l’émanation. Il s’agit de permettre aux grévistes de tendre à terme vers le contrôle de la grève par eux-mêmes, en permettant à tout un chacun d’y participer. L’idée est simple : si ce sont les syndicats qui appellent à la grève, celle-ci doit appartenir aux grévistes. Il ne s’agit donc pas d’une énième structure qui viendrait s’ajouter aux syndicats déjà existants mais d’un début d’auto-organisation à la base des « militants de la grève ».

Nous n’en sommes pas là, mais disons-le d’emblée : nous considérons qu’à terme, la forme la plus démocratique qu’on puisse donner à la direction de la lutte est celle d’un comité de grève, élu par l’ensemble des grévistes, qu’ils soient syndiqués ou non, et qui se soumet démocratiquement aux décisions des assemblées générales de grévistes.

Sur Paris, le premier comité s’est mis en place gare d’Austerlitz, et cela a « aidé » les autres à se lancer. Sur Paris-Est par exemple, le comité de mobilisation s’est créé suite à l’appel de Sud Rail à la grève reconductible le mercredi 18 mai. Bien qu’ayant un côté informel, il n’y a pas eu par exemple d’élection du comité de grève, celui-ci s’est réuni plus ou moins tous les jours, avec en moyenne entre 10 et 20 participants, syndiqués (CGT, Sud, FO) et non-syndiqués, et bénéficiant de la logistique du syndicat Sud Rail.

Une école « supérieure »
de la grève...

Mais les propositions que le comité a soumises aux AG ont entraîné bien plus de cheminots. Ses premières tâches furent d’écrire des tracts à destination des cheminots et des usagers. Ces tracts (ou motions) sont soumis à l’assemblée générale quotidienne et permettent de discuter de la politique défendue dans la grève : inscrire notre mouvement dans la lutte contre la loi travail, le maintien et l’extension des conditions de travail des cheminots de la SNCF à l’ensemble des travailleurs du rail, etc.

Une fois fait, il faut organiser des tournées interservices en direction des cheminots travaillant encore. Il s’agit là d’une démarche importante visant à briser la routine qui veut que, dans l’entreprise, chaque métier est bien séparé des autres, et que certains cheminots ne se croisent jamais, voire s’ignorent. Ainsi, une trentaine de cheminots, dont de nombreux conducteurs de train, sont intervenus dans un atelier du matériel à Noisy pour y distribuer un tract du comité et y faire une prise de parole, entraînant plusieurs collègues dans la grève le lendemain. Des tracts à destination des usagers ont été tirés à plusieurs milliers d’exemplaires, permettant aussi aux grévistes (comme la caisse de grève) de se rendre compte de la popularité du mouvement, cela contrairement au matraquage médiatique...

Enfin, le comité a proposé aux assemblées générales des actions « interpro », comme l’envoi d’une délégation de cheminots à la raffinerie de Grand-Puits ou la participation à une manifestation dans l’aérogare de Roissy. La CGT a également invité une délégation d’une trentaine de collègues de la RATP, permettant des échanges fraternels autour du barbecue.

Le lien essentiel avec les autres gares parisiennes (ou des comités similaires se sont mis en place), s’est fait à travers des « réunions intergares » régulières. Celles-ci ont notamment organisé des cortèges de gares dans les manifs avec leurs propres banderoles et animations.

Ces expériences sont essentielles, elles sont une école « supérieure » de la grève, la rendent « vivante », aident à rendre plus sûrs, plus confiants. Un acquis pour le mouvement présent… et ceux à venir !

Basile Pot

 

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