Puisqu’on vous dit que le chômage baisse !

Une baisse de 3% des inscritsE en catégorie A (chômeurEs disponibles immédiatement) sur l’année 2019, et le gouvernement s'emballe.

Il est nécessaire de rappeler quelques chiffres : au 4e trimestre 2019, ce sont 5 442 900 personnes qui cherchent un emploi, parmi lesquelles, dont, il faut le souligner, 2,1 millions qui, dans leur immense majorité, n'ont pas d'autre choix que de travailler en contrat précaire ou à temps partiel (appelé « activité réduite »). Cette catégorie va être, qui plus est, touchée de plein fouet par les nouvelles règles de calcul de l'allocation chômage à partir du 1er avril. Les simulations montrent une diminution de 25% de l’allocation.

Derrière les chiffres… 

Alors certes, le taux des inscrits en activité réduite a baissé. Mais quelle proportion a repris un emploi en CDI et à temps plein ?
Car derrière ces chiffres, on trouve aussi la situation des personnes dites « demandeurs d'emplois de longue durée ». Ce sont 2,5 millions de personnes depuis au moins un an, et 1,5 million depuis au moins deux ans.
La politique de formation massive, censée répondre à la question de l’« inadaptation » de la main-d’œuvre aux emplois disponibles, pèse aussi dans les chiffres. En 2019 ce sont 192 000 personnes entrées en formation (+33% en 1 an), qui ne comptent donc pas dans les chiffres annoncés par le gouvernement car elles ne sont pas disponibles pour rechercher un emploi. Autre catégorie qui ne rentre pas dans les chiffres annoncés : les micro-entrepreneurs (ex auto-entrepreneurs) dont le nombre a fortement augmenté depuis 2016 pour atteindre 1,3 million en 2018.
Enfin, par définition, le chiffre de cette baisse ne concerne que les inscrits… Et l’on ne doit pas oublier le cas des personnes qui ont arrêté de chercher via Pôle emploi et donc ne s'inscrivent pas ou sont découragées de s'inscrire : 182 000 en 2019. 

Moins de chômage, plus de pauvreté ?

La question des radiations est aussi un sujet en soi : cela a concerné 176 000 personnes en 2019 avec, pour conséquence, la perte de revenu ! Le décret du 30 novembre 2018 est passé par là et les conséquences sont dramatiques. Le gouvernement et la direction de Pôle emploi disent qu'il n'y a pas d'objectifs de radiation. Pour autant, le fait de convoquer en masse à des réunions organisées par un sous-traitant entraîne forcément des sanctions en cas d'absence. De même le renforcement des équipes de contrôle de la recherche a un effet mécanique d'augmentation des sanctions. Souvent confondue avec les radiations, la cessation d'inscription (lorsqu'un inscrit à Pôle emploi n'actualise pas sa situation tous les mois), a concerné 926 000 personnes en 2019.
Pour le gouvernement, à ce rythme, l'objectif des 7% sera atteint en 2022. Il suffit de regarder au Royaume-Uni pour voir le modèle que vise Macron : le taux de chômage y est de 4%, selon une étude récente. Pourtant, le fait de travailler n'empêche pas la pauvreté car 56% des pauvres font partie d'une famille de travailleurs (contre 39% il y a 20 ans). Avec la baisse des allocations prévue en avril, la boucle est bouclée.

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