Nparguments : 1er décembre, journée de lutte contre le sida

VIH/SIDA :de quoi parle-t-on ?
L’infection par le VIH (virus de l’immunodéficience humaine), davantage connue sous le terme de séropositivité, n’implique pas la présence de symptômes.
Le VIH est en revanche transmissible par voie sexuelle ou sanguine, et peut déboucher sur le sida.
Le sida, ou Syndrome de l’immunodéficience acquise constitue le stade avancé de l’infection VIH, se traduit par la destruction des cellules immunitaires, rendant l’organisme vulnérable à des maladies dites opportunes, qui peuvent dès lors être mortelles.
Après plus de 25 ans d’épidémie de sida, et la mobilisation d’une partie du mouvement LGBTI et du milieu de la santé pour informer et combattre la maladie, il n’existe toujours pas de prise en charge mondiale de la pandémie. Au lieu de la mise en œuvre d’un accès aux soins et aux outils de prévention, nous assistons à la promotion de politiques répressives et moralistes rappelant les premières heures du sida, quand il était désigné comme la maladie des homosexuels, des héroïnomanes, des hémophiles et des Haïtiens.
D’après l’Onusida, plus de 25 millions de personnes sont mortes depuis l’apparition de la maladie et elles sont près de 35 millions à l’heure actuelle à vivre avec le sida, dont plus des deux tiers dans les pays en voie de développement. La situation est totalement inégalitaire : aux populations du Nord, les traitements et tous les outils de prévention ; à celles du sud, la prévention, souvent accompagnée de programmes moralistes prônant l’abstinence et la fidélité, l’accès encore trop restreint aux traitements, et l’espoir d’un vaccin dans un temps indéterminé.

Les acteurs de la lutte contre le sida
Très rapidement après la découverte du sida, la mobilisation collective autour des personnes touchées ou de la communauté homosexuelle s’est organisée pour faire face à l’épidémie.
Lutter contre le VIH/sida est donc devenu un des principaux défis auxquels l’humanité est confrontée, et cette lutte répond à une triple exigence : une exigence humaine et éthique, puisque le sida, avec la tuberculose et le paludisme, est la première cause de mortalité en Afrique subsaharienne ; une exigence économique et
sociale, puisque cette maladie exacerbe la pauvreté, les inégalités et la vulnérabilité des individus, et enfin une exigence stratégique et politique, qui nécessite une coopération internationale dans la lutte.
Aides (1984) et Act-Up (1989) sont les principales structures militantes sur le terrain de la lutte contre le sida et les IST (Infections sexuellement transmissibles) en France.
Elles ont accompagné toutes les mobilisations entourant les politiques de santé : prévention, accès aux soins, lutte contre la stigmatisation et la judiciarisation de l’épidémie. Elles sont composées et dirigées par les personnes touchées et leurs proches, et non par des médecins. À l’inverse des structures caritatives, elles ont notamment permis de libérer la parole des malades, et d’en faire des acteurs à part entière de la lutte contre le VIH.

Labos gagnants, malades perdants !

La production de médicaments génériques, en dépit de l’hostilité des grands groupes pharmaceutiques, semble acquise pour certains pays, comme le Brésil ou la Thaïlande. Reste qu’un tiers seulement des personnes infectées dans les pays en développement a accès aux traitements. Les laboratoires privés, via les brevets, continuent de freiner l’accès aux traitements pour le plus grand nombre.
Au Nord comme au Sud, leurs stratégies visent le profit maximum au détriment des malades. Ainsi, en novembre 2008, les malades du sud-ouest de la France ont dû faire face à une « rupture de stock » du Truvada (antirétroviral permettant de préserver le système immunitaire) pendant dix jours. Pourquoi ? Parce que le laboratoire a préféré écouler ses stocks dans les pays de l’Union européenne où ce médicament est vendu plus cher, même si cela ne correspond pas aux besoins immédiats. Ainsi, deux logiques s’affrontent : d’un côté la recherche du profit, de l’autre la satisfaction des besoins essentiels. Les choix politiques en termes de santé et de prévention structurent le débat et la situation des populations touchées par l’épidémie.

Maladie et ordre moral : non à la stigmatisation et à la répression !
Longtemps désigné comme le « cancer gay » ou la « maladie des pédés », le sida ne semblait devoir toucher que certaines populations (homosexuels, drogués, hémophiles, migrants, etc.). L’universalité de la contamination a fait tomber tout un tas de barrières.
Dans la lignée des mouvements de libération des femmes et des homosexuel-le-s, le mouvement de lutte contre le sida a su rapidement promouvoir des campagnes de sensibilisation osant parler franchement de sexualité et de prévention. À travers les mobilisations homosexuelles autour de la reconnaissance des couples de même sexe, la lutte contre le VIH a redessiné les contours de la sexualité dans le débat public.
Cependant, depuis plusieurs années, de multiples législations criminalisant la transmission du VIH apparaissent au niveau international. Dans ce contexte, le retour et le maintien des politiques de santé les plus réactionnaires sont favorisés. Sous prétexte d’agir pour la protection collective des personnes, c’est de la dégradation de la situation des personnes séropositives qu’il s’agit. La pénalisation de l’homosexualité participe à l’exclusion et à la vulnérabilité au sida. Du fait de l’homophobie et de la transphobie, l’accès aux soins et aux programmes de prévention leur sont trop souvent refusés. Ainsi, environ 80 pays à travers le monde punissent encore l’homosexualité par des lois homophobes soutenues par l’État, et cinq d’entre eux prévoient la peine de mort pour « actes homosexuels ». Comment avoir accès au dépistage et aux soins dans ces conditions ?
En France, les discriminations envers les séropositifs perdurent. Dans le cadre de l’emploi, de la famille et même dans les relations affectives, il reste toujours compliqué de parler de son statut sérologique, on s’expose au rejet et à la stigmatisation. Le VIH continue de susciter des craintes irrationnelles, dont les séropositifs sont les premières victimes.

La santé est politique !
Les politiques antisociales, racistes et moralistes fragilisent, stigmatisent et précarisent les personnes séropositives. Les solidarités communautaires construites dans les années 1980-1990 autour du sida ne suffisent plus, et l’État ne doit pas se défausser sur les associations de terrain. Une nouvelle logique de solidarité et de conquêtes de nouveaux droits sociaux doit s’imposer.
Loin d’aller dans ce sens, c’est la logique de rentabilité qui est imposée dans le système de santé, avec l’introduction de la tarification à l’activité puis de la loi Hôpital, patient, santé, territoire. Les conséquences directes étant un manque de lits et la fermeture de services jugés non rentables, comme le service infectiologie de l’hôpital Saint-Joseph à Paris. À terme, c’est l’accès aux soins qui est menacé. Il va sans dire que le forfait hospitalier et les franchises médicales remettent en cause la gratuité des soins pour tous.
Les séropos sont les premiers à pâtir de ces politiques. En effet, le VIH/sida touche particulièrement les populations les plus opprimées et les plus précarisées : classes populaires, immigrés, trans, usagers de drogues… qui doivent en plus faire face aux pratiques discriminatoires des employeurs et aux refus de soins de certains médecins.

Quelques dates
Fin des années 1970 : apparition du sida
1981 : Premiers cas d’infections opportunistes chez des patients homosexuels touchés par un déficit immunitaire.
1982 : la maladie est désignée sous le nom de Sida
(ou Aids en anglais) et apparaît la première association de lutte contre la maladie aux États-Unis.
1983 : apparition du premier test de dépistage
1984 : fondation de l’association Aides en France
1987  : première campagne de prévention grand public et fin de l’interdiction de la publicité pour les préservatifs ; autorisation de la vente libre des seringues dans les pharmacies ; premières consultations de dépistages anonymes et gratuits.
1988 : première journée mondiale de lutte contre le sida.
1989 : fondation d’ Act-Up Paris.
1996 : apparition de la tri-thérapie.
2002 : la loi Kouchner permet aux malades d’obtenir des sièges au conseil d’administration dans les hôpitaux.
2004 : mise en place des « états généraux » des personnes touchées par le VIH/sida (7 000 découvertes de séropositivité en France). L’année 2005 est décrétée année du sida comme Grande Cause nationale.
2006 : mobilisations autour du fichier Edvige.
2008 : dénonciation des discriminations dont sont victimes les homosexuels par rapport au don du sang ; mobilisation contre les franchises médicales.
2008-2009 : lutte contre la pénalisation de l’homosexualité et contre la pénalisation de la transmission du virus.

Nos revendications
Accès gratuit aux soins pour toutEs. Abrogation du forfait hospitalier et des franchises médicales.
Revalorisation de l’allocation adulte handicapé et de tous les minimas sociaux .
L’hôpital n’est pas une marchandise. Retrait de la loi Hôpital, patient, santé, territoire, pour un vrai service public de santéet une réelle prise en compte du point de vue des malades.
Le marché ne nous sauvera pas du sida. Abolition de la propriété privée des brevets médicaux, nationalisation des laboratoiresprivés, et création d’un service public du médicament.
Gratuité de tous les moyens de contraception.
Arrêt des condamnations à mort perpétrées par le gouvernement Sarkozy en expulsant les sans-papiers séropositifs.
Pour un accès universel aux soins : régularisation de tous les sans-papiers.
De vraies sanctions contre les refus d’accès aux soins.
Droit de masquage dans les dossiers médicaux.
Non à la criminalisation des séropos.
Arrêt des poursuites pour contamination.
Une réelle stratégie de prévention, ni stigmatisante ni moralisante.

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