Le précédent de la Capelette

«Ce qui arrive [à la Plaine] me fait beaucoup penser à ce que Marseille Aménagement [l’ancien nom de la Soleam, NDLR] a fait rue de la République en étouffant les commerçants et en les forçant à vendre à vil prix », explique Jean-Pierre Brundu, président de l’Université populaire de Marseille. Avec comme résultat, entre autres, une dégradation rapide des immeubles avec le refus d’entretenir des biens qui peuvent être préemptés par la ville. Et l’apparition d’acteurs qui n’existent que pour dégager des marges sur une population qu’ils condamnent à vivre dans un grande précarité. 

Fonds spéculatifs

On parle ici de fonds spéculatifs qui rachètent des quartiers complets, des responsables politiques qui entretiennent leurs réseaux, comme on a pu le voir dans l’épisode de la Capelette, un ancien quartier ouvrier de l’est de Marseille, mis en lumière dans un article de Mediapart et du Ravi1 et dans le rapport d’observations définitives sur la gestion de la société d’économie mixte Marseille Aménagement, en date du 7 octobre 2013, de la chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte-d’Azur2 : 

« Le Palais omnisports de Marseille Grand-Est (POMGE) est un équipement public de 12 000 m2 composé d’une patinoire à deux pistes et d’un skatepark intérieur. La décision de le construire a été prise sans réflexion suffisante sur sa fréquentation potentielle et son coût d’exploitation, et sans que la question de sa desserte ne soit résolue.

La société Laser occupait une partie de son terrain d’assiette sur la base d’un bail précaire.

Réseau ferré de France, propriétaire du terrain, n’ayant pas réussi à le libérer de cette occupation, Marseille Aménagement a accepté de verser une indemnité de 2 millions d’euros, dix fois plus élevée que l’indemnité conventionnelle maximale à laquelle Laser avait normalement droit. Ce montant a été arrêté sur la base du rapport d’un expert qui a conclu de manière expéditive à l’existence d’un bail commercial, bail que les parties ont ensuite conclu à titre rétroactif. »

« Les terrains sont vendus sans concurrence »

Les magistrats constatent la générosité de la société d’économie mixte Marseille Aménagement, bras armé immobilier de la ville, envers des entrepreneurs marseillais à la Capelette. Mediapart et le Ravi expliquent : « En 2003, Marseille Aménagement rachète sur cette zone d’aménagement concerté (ZAC) un terrain squatté par Laser Propreté, une société de nettoyage industriel appartenant à la famille Lasery, dont la convention d’occupation est pourtant résiliée depuis 1998. Jackpot : fin 2004, Marseille Aménagement indemnise Laser Propreté à hauteur de 2 millions d’euros, alors que le bail prévoyait une indemnité maximale de 193 000 euros ! […]

En décembre 2011, Marseille Aménagement revend de gré à gré le terrain voisin et une partie de celui indemnisé (dépollué et en partie aménagé à ses frais en 2013) à un groupe de promoteurs qui souhaite y construire le centre commercial Bleu Capelette. Il s’agit d’Icade (filiale de la Caisse des dépôts et des consignations) et de Sifer, une société dirigée par Éric Lasery, l’un des associés de Laser Propreté, qui n’a pourtant aucune expérience dans le domaine. […] D’où les soupçons de favoritisme. Contacté, Éric Lasery [déclare] : "Les terrains sont vendus à Marseille sans concurrence, donc il n’y a pas eu d’exception pour nous." » Au moins, les choses sont claires… 

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