Le confinement : destructeur et constructeur de lien social ?

Le confinement est arrivé brutalement, après les errements du gouvernement, le maintien des élections municipales, Blanquer affirmant que les écoles ne fermeront jamais… Puis le confinement, accompagné des nouvelles règles de distanciation physique, a modifié profondément et de manière autoritaire nos relations sociales… pour combien de temps ?

Enfermement, isolement, violences

Le confinement aura signifié pour nous : être enfermé chez soi, avec des possibilités très restreintes de sortie sous peine de mesures coercitives allant de l’amende à l’emprisonnement en passant par les violences physiques, de la part de la police, dans les quartiers. Ce faisant, il a détruit de nombreux cadres de solidarité qui permettaient à beaucoup de s’en sortir au quotidien. Il a de fait exclu toutes les personnes ne possédant pas d’hébergement fixe et a précipité dans des situations dramatiques celles et ceux qui ne disposaient pas d’un logement salubre…

Pour les autres, beaucoup se sont retrouvés isoléEs chez eux, notamment à cause de l’arrêt des services d’aide à la personne, d’aide médicale ou au handicap, et de nombreux réseaux locaux d’entraide se sont dans un premier temps rompus parce qu’ils sont souvent animés par les personnes les plus à risque en termes de contamination. La place des retraitéEs dans ces réseaux n’est d’ailleurs pas anodine.

Dans les institutions également, l’isolement fut et reste très important : dans les hôpitaux, les EHPAD, les foyers ou les institutions accueillant des personnes handicapées. La politique, faute de moyens et de personnels, a été de les fermer complètement et d’en interdire l’accès aux proches mais également aux différentes associations qui y intervenaient jusque-là. Les conséquences psychologiques et physiques de cet isolement sont dramatiques.

Le confinement a été également particulièrement violent et meurtrier pour les femmes et les enfants. On a noté durant ces deux mois des baisses significatives (et trompeuses) de signalements et d’appels auprès des associations de lutte contre les violences faites aux femmes, aux enfants. Les soignantEs notent également une baisse des demandes d’accès à l’IVG. Le confinement auprès d’un parent désapprouvant ou d’un conjoint violent a réduit la moindre chance pour ces femmes de faire appel à ces différents réseaux de solidarité.

Nouvelle situation, nouveaux cadres de solidarité ?

Mais on doit également noter que, durant le confinement, de nouveaux cadres de solidarité ont en réalité pris le relais là où l’État avait disparu, et ont tenté de pallier les faiblesses de sa gestion calamiteuse de la crise sanitaire : là où des enfants mangeaient à la cantine leur seul repas complet de la journée ; là où les hôpitaux se sont retrouvés sans le matériel nécessaires (scandale des blouses, masques…).

Phénomène amorcé par le mouvement de grève contre la réforme des retraites : on a observé la re-localisation des cadres d’organisation de la lutte ou de la solidarité. Dans les quartiers populaires, ce sont le plus souvent des réseaux d’entraide alimentaire qui ont vu le jour, notamment pour les familles ayant perdu presque toute source de revenu dans la période (intérim, CDD, jobs non déclarés…). De nombreuses aides se sont également organisées pour les personnes âgées, à mobilité réduite ou tout simplement les travailleurEs « indispensables » (faire leurs courses, garder leurs enfants). À Saint-Denis, un réseau de couture de surblouses s’est organisé autour des enseignantEs d’un lycée professionnel textile, suite à un appel désespéré de l’hôpital. Un autre s’est mis en place afin de recréer un lien entre les personnes hospitalisées et leurs proches. Et les exemples sont nombreux...

Les réseaux qui avaient été mis en sommeil aux premiers temps du confinement se sont réactivés malgré les risques de répression. ils se sont ré-organisés, dans le respect des règles de sécurité sanitaire… Des groupes de voisinEs se sont parfois créés autour de personnes jusque-là isolées chez elles, seules ou coincées avec un conjoint violent.

Bien sûr ces réseaux ne sont pas suffisants, principalement parce qu’ils n’ont pas les moyens de remplacer une véritable politique nationale et des services publics accessibles et efficaces. Mais ils sont, dans cette période difficile, un premier pas vers la construction d’une conscience collective d’un intérêt commun, mais également d’une colère contre un ennemi commun… Là où l’État n’a pas pu ou n’a pas voulu faire, des collectifs de travailleurEs, de femmes, d’habitantEs ont pris le relais. Là où les gens ne faisaient que rentrer chez eux, tard, après le boulot, ils et elles ont aussi construit une autre manière d’apprendre à se connaître et à s’organiser à des échelles locales. Enfin, ces réseaux ont permis aussi de mettre en lumière les situations difficiles dans lesquelles sont de nombreux foyers et qui en sont les véritables responsables ! Ces solidarités, aussi petites soient-elles, sont autant de points d’appui dans la conscience de notre classe de sa capacité à pouvoir reprendre ses affaires en mains… et à imposer une société plus juste et plus solidaire (pour commencer).

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