Le capitalisme ne peut résoudre la question du chômage

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Si la garantie censée être assurée par la Constitution – « Chacun a le devoir de travailler et le droit à obtenir un emploi » – est depuis toujours battue en brèche par la fameuse « liberté d’entreprendre », la récente loi travail adoptée à coups de 49.3, aggrave encore la situation...

Elle place en préambule du Code du travail l’affirmation que « Les libertés et droits fondamentaux de la personne sont garantis dans toute relation de travail », mais que des limitations peuvent leur être apportées si elles sont « justifiées par les nécessités du bon fonctionnement de l’entreprise ».

Au cœur du rapport capital-travail

La question du chômage est au centre de la domination capitaliste sur la société. Elle concentre la question de la lutte pour le partage de la plus-value et la question de l’organisation de la production. Partage de la plus-value, c’est-à-dire dans les formulations « modernes » le « coût du travail » ou le « partage des richesses ». L’organisation de la production c’est-à-dire que produit-on ? Comment produit-on ? Qui décide et comment ?

La centralité de cette question en fait donc un enjeu stratégique dans le combat anticapitaliste, mais aussi parce que l’existence d’un chômage de masse est la cause majeure de la détresse sociale qui par contre-coup pèse sur les possibilités de mobilisation des classes populaires. 

Un peu moins de chômage total, mais plus de précarité...

En dehors de la parenthèse (explicable par les circonstances particulières de la reconstruction des économies au sortir de la Seconde Guerre mondiale) des années 1950 et 1960 dans les pays capitalistes développés, le chômage a toujours été une réalité prégnante. Après une lente progression à partir de 1960, c’est le premier choc pétrolier de 1973 qui voit le chômage croître de façon spectaculaire et quasi ininterrompue jusqu’au milieu des années 1990. 

Pour ce qui est de la France (y compris les DROM), les chiffres des derniers mois publiés par Pôle emploi font bien apparaître une légère baisse du nombre de demandeurs d’emploi en fin de mois n’exerçant aucune activité (3,7 millions en catégorie A). Mais si on intègre à ces chiffres les demandeurs en catégorie B et C (qui exercent une activité réduite), le nombre de demandeurs d’emploi disponibles progresse : sur un an (février 2016-février 2017), le nombre d’inscritEs en catégorie A a diminué de 3,2 %... et celui d’inscrit en catégories A, B, C a cru de 1 %, à 5,8 millions. Donc, l’évolution récente, c’est un peu moins de chômeurs totaux et plus de précaires. 

Il y aussi une augmentation du nombre de chômeurs entrés en formation (ce qui les fait sortir de la catégorie A). Sous Hollande, entre mai 2012 et février 2017, le nombre de demandeurs d’emplois inscrits en catégorie A a augmenté de 560 000 et celui des demandeurs d’emplois inscrits en catégorie A, B et C a progressé de plus de 1,1 million de personnes. Il faut ajouter à cela près de 750 000 personnes inscrites à Pôle emploi, mais non immédiatement disponibles (malades, en formation, etc.).

Le taux de chômage des femmes est maintenant proche de celui des hommes, mais les femmes sont plus souvent écartées de la recherche d’un emploi par les contraintes familiales et doivent fréquemment se contenter d’emplois à temps partiel.

Un chômeur sur deux n’est pas indemnisé : en décembre 2016, 3,3 millions de chômeurs de toutes catégories percevaient une indemnité, dont 2,8 millions au titre de l’assurance chômage. Les autres sont souvent réduits au RSA.

Des créations d’emplois ridicules

L’économie française a créé, en net, 192 000 postes dans le secteur marchand (secteur des entreprises) en 2016. C’est la meilleure performance sur le front de l’emploi privé depuis 2007 ! Cela permet au gouvernement de crier victoire : « Le redressement de notre économie est aujourd’hui pleinement confirmé : le soutien aux entreprises a permis à celles-ci de retrouver des marges qui leur permettent d’investir de façon très dynamique et de recréer de l’emploi à un rythme que nous n’avions pas connu depuis neuf ans », a déclaré Myriam El Khomri, ministre du Travail. Mais ce n’est rien du tout au regard du nombre de chômeurs !

En plus cette « embellie » a concerné les services et l’intérim, tandis que l’industrie et la construction ont continué de détruire des emplois. Les usines ont perdu, en 15 ans, près d’un million d’emplois, soit un quart de leurs effectifs, tandis que le bâtiment a détruit plus de 200 000 postes depuis 2008.

Des « modèles étrangers » ?

On nous vante les « modèles » d’autres pays. Aux États-Unis, une large part de la baisse du chômage s’explique pour une part par le fait que beaucoup de gens, découragés, ont cessé de chercher un emploi, tandis que les emplois créés sont souvent payés à un niveau de salaire faible, et précaires.

En Allemagne, le recul du chômage s’est payé d’un accroissement extrême des inégalités et du développement de la pauvreté.

Face à cette situation, nos « réponses » doivent donc être au niveau de ces enjeux et de l’ampleur 

des mobilisations qui doivent permettre d’« obtenir satisfaction ».