Femmes, LGBTI : pas le genre des syndicats ?

Poussée par la vague féministe des années 1970, la CFDT avait été à l’avant-garde dans le domaine des droits des femmes, les autres organisations syndicales restant très en retard. 

Les choses ont changé mais le combat féministe reste encore trop peu pris en charge. Quant à la lutte pour les droits des LGBTI, c’est encore du domaine du balbutiement…

Précaires, surexploitées, harcelées... 

Parce qu’elles sont des femmes, les travailleuses sont surexploitées et victimes de discriminations spécifiques, de harcèlement voire de violences. Cela nécessite une action syndicale à la fois sur des thèmes traditionnels (salaires, conditions de travail…), mais avec une dimension spécifique, et sur des thèmes qui ne concernent que les femmes (harcèlement sexuel, violences, déroulement de carrière…). Le but est double : combattre l’oppression des femmes (et gagner celles-ci à l’action syndicale) mais aussi les divisions de la classe ouvrière qui tirent les conditions de travail de touTEs vers le bas.

Sur les revendications traditionnelles, la loi a évolué même si elle reste très insuffisante voire inopérante, et que la réforme Macron va engendrer une régression notable. Mais faute de mobilisations spécifiques, l’action syndicale se cantonne souvent au juridique. Notons que ces dernières années ont vu des mobilisations victorieuses de femmes très précaires, souvent d’origine immigrée, dans des secteurs hyper-féminisés (ménage, salons de beauté…).

LGBTI invisibles…

Si les blagues sexistes commencent à devenir contestables, les blagues LGBTIphobes restent de mise dans la plupart des milieux professionnels. Traiter son chef « d’enculé » est l’insulte de base… c’est dire si le combat pour l’égalité des droits en est à ses balbutiement, les secteurs à majorité masculine étant souvent caricaturaux de ce point de vue. Contrairement aux discriminations sexistes qui faisaient jusqu’à présent l’objet d’obligations légales du type « publication d’un état des lieux annuel assortis d’un plan d’action », la législation du travail concernant les discriminations LGBTIphobe est quasi inexistante. Quant à l’action syndicale, elle reste cantonnée au niveau des structures confédérales et ne redescend qu’exceptionnellement au niveau du travail syndical de base.

Une prise en charge inégale par les structures syndicales

On n’est pas surpris que Solidaires soit en avance sur ces thèmes : parité dans les instances, publications spécifiques et régulières, commissions aussi bien sur les questions femmes que de genre et de sexualités…

Du côté de la CGT, les choses ont beaucoup progressé ces dernières années. La parité dans les instances est également de mise (ce qui n’est le cas ni à la CFDT ni à la FSU). Des collectifs existent aussi bien sur les questions femmes que de lutte contre l’homophobie, avec du matériel spécifique. Mais si la lutte contre le sexisme a pris de l’ampleur, notamment sous la pression d’une nouvelle génération militante, celle contre les discriminations LGBTIphobes rencontre des résistances plus difficiles à abattre. La lutte contre le sexisme en interne de la CGT est également prise en charge depuis peu, avec toutes les difficultés liées à ce genre de problématique.

Les militantEs convaincus sur ces questions ont une responsabilité à les porter et à les prendre en charge au sein des organisations syndicales. Ce sont des luttes du quotidien, difficiles mais avec une dimension subversive extraordinaire.

Elsa Collonges

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