De la grève générale à la question du pouvoir, un Mai 68 qui aille jusqu’au bout…

Dix millions de travailleurs en grève, le pays paralysé, les usines occupées où flotte le drapeau rouge, la grève générale combinée à la contestation étudiante posaient la question du pouvoir...

Plus que la force du pouvoir gaulliste, c’est la capitulation du PCF, avant tout soucieux de défendre son influence en dénonçant les gauchistes et les casseurs et déjà rallié à Mitterrand, qui a sauvé le régime.

Mitterrand se met en selle…

Le pouvoir dit fort de De Gaulle était bien fragilisé. Le 27 mai, après une manifestation appelée par l’Unef et soutenu par la CFDT, 70 000 personnes se retrouvent au stade Charléty. Le lendemain, Mitterrand annonce sa candidature pour la présidence et propose la mise en place d’un gouvernement provisoire présidé par lui ou Mendès France. Le même jour, la CGT et le PCF organisent une manifestation pour soutenir les revendications et le mot d’ordre « Gouvernement populaire », version union de la gauche.

De Gaulle reprend vite l’initiative. Après une visite éclair aux troupes françaises stationnées à Baden Baden en Allemagne, il annonce le 30 mai la dissolution de l’Assemblée nationale et l’organisation d’élections législatives. La gauche se précipite dans le piège. De son côté, la CGT est trop contente de pouvoir limiter la grève aux revendications économiques. Les accords de Grenelle sont signés le 27 mai, et la confédération organise progressivement la reprise…

Sans perspective politique propre, dominée par les appareils du PCF et de la CGT, la classe ouvrière ne trouvera pas les ressources politiques pour aller plus loin, même si la combativité demeure malgré les violences policières.

Pour que Mai 68 puisse aller jusqu’au bout, il aurait fallu une force politique enracinée dans la classe ouvrière capable de combiner revendications immédiates et luttes politiques, qui militent pour que les travailleurs prennent en main leurs propres luttes, s’organisent en comités de grève ou en comités de quartier ou de ville, qu’ils osent s’affirmer comme un contre-pouvoir pour postuler à diriger la société afin d’en finir avec la propriété privée capitaliste.

Donner des perspectives

Une telle organisation n’existait pas. Pour la première fois depuis bien longtemps, l’extrême gauche était apparue comme une force politique avec laquelle il fallait compter, mais elle n’était pas en mesure de jouer ce rôle. Par la suite, elle ne sut pas avoir un visage ouvert et démocratique pour rassembler ses forces et offrir un cadre politique aux milliers de travailleurs, de jeunes qui regardaient vers elle.

Le mouvement actuel pose les mêmes questions. Personne ne peut prédire ce qu’il donnera, mais comme le fit Mai 68, il ouvre une nouvelle période pour les luttes d’émancipation. Il pose la question de la grève générale politique, de l’affrontement avec le pouvoir. S’y préparer, c’est œuvrer à la construction de cette force, de ce parti qui a tant manqué en 68. Cela signifie militer pour le rassemblement des anticapitalistes et des révolutionnaires, élaborer dans la pratique, au cœur du mouvement, le cadre politique qui le permettra. En Mai 68, le marxisme, les idées du socialisme, du communisme, gardaient un puissant rayonnement malgré les crimes du stalinisme et les caricatures maoïstes. Il s’agissait de revenir à un marxisme authentique, révolutionnaire, de redonner à ces idées la fraîcheur de la contestation. Aujourd’hui, il s’agit de leur redonner une vie et une crédibilité dans le contexte d’une nouvelle période historique.

Yvan Lemaitre

 

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