De la construction des retraites à leur démolition

Les premières mesures en matière de retraite datent du 18e siècle, avec l’instauration d’une retraite de la marine royale. Plusieurs régimes sont créés au 19e siècle et au début du 20e siècle pour les salariéEs de l’État. La loi de 1930 créé les assurances sociales incluant, pour les bas salaires, la retraite obligatoire par capitalisation. En faillite en 1941, elle est remplacée par le gouvernement de Vichy par un régime par répartition.

Des progrès...

Les ordonnances de création de la Sécurité sociale en 1945, inscrites dans le grand deal de la fin de la Seconde Guerre mondiale, instaurant le système actuel par répartition, ont pour ambition de créer un système unique et généralisé. Des mécanismes de solidarité sont créés pour prendre en compte notamment des périodes non cotisées (chômage…) ou porter les pensions à un niveau minimum.

Au lendemain de la guerre et pendant plusieurs années, la situation des personnes âgées est souvent misérable car le montant de leurs retraites est très faible. Des mesures sont prises pour les augmenter avec l’instauration du minimum vieillesse en 1956, financé par l’impôt, pour garantir un revenu minimal. En 1971, le taux maximum de retraite passe de 40 % à 50 % de la moyenne des salaires des 10 meilleures années au lieu des 10 dernières. En 1982, l’âge légal de la retraite à taux plein est abaissé de 65 ans à 60 ans.

En août 1953, la grève générale du secteur public et d’entreprises privées avaient fait capituler le gouvernement Laniel qui voulait porter l’âge de départ des fonctionnaires jusqu’à 67 ans.

En 1972, la loi permet aux retraitéEs venant du privé de bénéficier de pensions moins faibles en rendant obligatoire l’adhésion à un régime complémentaire (Agirc pour les cadres et Arrco pour les non cadres). Mais ce n’est pas sans arrière-pensées pour le patronat qui avait bloqué les augmentations de cotisations afin d’inciter à la création de complémentaires et de contourner ainsi la Sécu.

… aux contre-réformes

En 1991, Rocard publie un livre blanc sur les retraites qui propose des mesures « paramétriques » qui seront toutes mises en œuvre :

– En 1993, Balladur allonge la durée de cotisation pour une retraite à taux plein dans le privé, qui fait passer la durée de cotisation de 37,5 à 40 années, et de 10 à 25 ans le nombre d’années prises en compte pour le calcul des pensions. La revalorisation des pensions ne se fait plus sur la base des salaires mais des prix. Les directions syndicales ne mobilisent pas ;

– Par contre, en 1995, Juppé échoue à porter à 40 ans la durée de cotisation aux salariéEs du public face aux énormes manifestations et au blocage du pays par les salariéEs du public, notamment des transports ;

– En 2003, après « un diagnostic partagé » par les directions syndicales, et des mois de « concertation » Fillon aligne les conditions de départ du public sur le privé. Les journées de mobilisation éparses dans le temps ne mettront pas en échec le gouvernement ;

– De même, la mobilisation de 2008 n’empêche pas l’alignement des conditions de départ à la retraite pour les régimes spéciaux ;

– En 2010, la douzaine de journées de mobilisations n’empêche pas Woerth de reporter l’âge légal de départ de 60 à 62 ans pour tous les salariéEs à partir de 2018 ;

– En 2013, la gauche poursuit cette politique en allongeant progressivement la durée de cotisation jusqu’à 43 ans en 2035. Les journées de mobilisation éparpillées seront moins suivies ;

– En 2014, Touraine augmente la durée de cotisation d’un trimestre tous les trois ans, à partir de 2020, pour atteindre 43 ans en 2035. Sans riposte syndicale.

Macron vise une refonte globale du système, modifiant les paramètres de calcul des pensions et des durées de cotisation. Pour imposer un retrait de ces contre-formes et construire le rapport de forces, l’ensemble du mouvement social doit tirer la leçon des victoires et des nombreuses défaites des mobilisations.

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