En Île-de-France, les tours de passe-passe de Huchon, Pécresse et Hidalgo

Depuis le 1er septembre 2015, les cartes d’abonnement aux transports (Pass Navigo) sont à un tarif unique de 70 euros par mois. Pour les scolaires (carte Imagin’R), 333,90 euros par an. L’aboutissement d’années de luttes qui doivent être poursuivies jusqu’à la gratuité complète pour touTEs.

Jusqu’en 1975, chaque mode de transport avait sa carte d’abonnement : bus, métro, trains de banlieue (il n’y avait pas encore de RER ni de tramways). Vers 1970, des syndicats et la gauche animèrent des luttes pour la « carte unique de transport ». Et les « gauchistes » ajoutaient « payée par les patrons ». C’était une revendication sociale au profit des travailleurs. Les loisirs, les études, n’étaient pas à l’ordre du jour, l’écologie encore moins...

La Carte orange fut finalement créée en 1975 avec plusieurs tarifs : la moins chère pour Paris et la proche banlieue, la plus coûteuse pour aller jusqu’en grande banlieue. En 1982, le ministre PCF Fiterman décida que les employeurs devraient rembourser à leurs employés la moitié de leur Carte orange.

Promesses électorales

Pour les régionales de 2004, le PCF mit dans son programme le tarif unique pour toutes les zones, mais ne réussit pas à le faire accepter à ses partenaires PS et Verts. En 2010, les Verts reprirent l’idée à leur compte et entre les deux tours des élections régionales conditionnèrent la fusion de leurs listes avec celles du PS à un engagement de mettre en place le tarif unique à mi-mandat, soit en 2013 (le NPA qui avait mis la gratuité en première place de son programme n’eut pas d’élus). L’engagement n’a été tenu qu’en fin de mandat, et l’alignement se fit à un niveau tarifaire plus élevé que ce qui avait été promis, car chaque année, les tarifs augmentaient d’environ 3 %, soit bien plus que l’inflation...

Les critiques n’ont pas manqué, notamment de la droite qui dénonçait l’alourdissement de la fiscalité des ménages payant la taxe foncière et des « charges » des entreprises qui financent directement plus du tiers des transports publics. D’autres, en particulier la Fédération nationale des associations d’usagers des transports, souvent mieux inspirée, ont affirmé qu’en grande banlieue, beaucoup souffraient plus de l’absence ou de l’insuffisance des transports en commun que de leur prix, ce qui n’est pas faux. Mais comme c’est là que se trouve une bonne partie des poches de pauvreté de la région, beaucoup souffrent et des carences de l’offre et des tarifs. Bizarrement, ces bons apôtres de la « priorité à l’amélioration du réseau » ne sont jamais allés jusqu’au bout de leur logique, aucune réflexion n’a été lancée et les budgets prédominants consacrés à la voiture jamais remis en cause.

Bartolone, candidat du PS à la récente élection, a eu beau se prévaloir de la réalisation de la promesse faite pourtant à contre-coeur par Huchon, c’est Pécresse qui a été finalement élue en promettant de ne pas revenir sur cet acquis.

Tarifs réduits

Mais sous prétexte de financer le déficit qu’il engendre, au lieu d’augmenter le versement transport des patrons ou de supprimer les subventions qu’elle compte leur faire comme ses prédécesseurs, odieuse mesquinerie, elle annonce le renforcement de la chasse aux fraudeurs et la suppression du tarif réduit accordé aux sans-papiers bénéficiaires de l’aide médicale d’État. Il est effectivement anormal que certains Français en grande détresse soient moins bien traités, mais dans ce cas, il aurait suffit de leur accorder à eux aussi ce tarif réduit !

Certains retraités bénéficient aussi de tarifs réduits (Cartes Émeraude et Améthyste), mais les critères diffèrent d’un département à l’autre. C’est Paris qui offrait le barème le plus avantageux jusqu’en avril 2015. Depuis, comme en banlieue, seuls les revenus les plus bas jouissent de la gratuité ou d’un tarif modique. Les autres ont vu brutalement leur carte augmenter de manière vertigineuse, alors que les retraites sont gelées depuis des années. Et le PCF, les « Frondeurs » et les Verts ne se sont pas désolidarisés d’Hidalgo sur ce sale coup... comme sur bien d’autres !

Jacques Capet

 

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