Sankara, un combat pour l’Afrique

Qu’est ce qui peut pousser une personne à consacrer sa vie pour un combat pour une autre société ? Parfois une rencontre, parfois une expérience historique... Thomas Sankara va connaître les deux au cours de sa jeunesse.

La rencontre se produit au Prytanée militaire de Kadiogo (PMK), où Thomas Sankara est intégré après son BEPC. Dans cette école militaire, officie un professeur d’histoire, Adama Touré, ancien dirigeant du Parti africain de l’indépendance (PAI), qui va lui faire découvrir le marxisme.

L’expérience, c’est à Madagascar, quand il est envoyé à l’école militaire d’Antsi­rabé pour la formation d'officier. Sankara va y vivre d’importantes mobilisations. En effet, ce pays connaît une effervescence contre le gouvernement du Président de l’époque, Philibert Tsiranana, qui mène une politique en faveur des intérêts néocoloniaux de la France. La jeunesse scolarisée et les jeunes officiers malgaches sont particulièrement actifs dans la mobilisation qui débouchera sur la prise de pouvoir du capitaine de frégate Didier Ratsiraka qui mènera une politique de rupture avec le néocolonialisme de la France.

Sankara expliquait : « Il y a des journées qui renferment en elles des enseignements d’une richesse comparable à celle d’une décennie entière. Au cours de ces journées, le peuple apprend avec une rapidité inouïe et une profondeur d’esprit telles que mille journées d’études ne sont rien à côté d’elles. »

Revenu au Burkina Faso, Sankara va prendre la tête du camp d’entraînement des commandos de la ville de Pô située à un peu moins de deux kilomètres de Ouagadougou. Ces commandos vont se révéler décisifs pour la prise de pouvoir en 1983. À côté de son activité militaire, son militantisme continue, et il crée le Regroupement des officiers communistes (ROC).

Sankara a acquis une popularité lors d’un bref passage comme ministre à l’Information dans le gouvernement du colonel Saye Zerbo, duquel il démissionnera en proclamant à la télévision : « Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! ».

« Malheur à ceux qui bâillonnent le peuple ! »

Pris comme Premier ministre dans le gouvernement d’Ouédraogo, il s’opposera rapidement à l’aile conservatrice des militaires, ce qui lui vaudra d’être limogé et emprisonné.

Arrivé au pouvoir en 1983, il tentera de prendre des mesures de rupture avec l’impérialisme, tout en étant conscient des difficultés : « Notre révolution est une révolution qui se déroule dans un pays agricole arriéré, où le poids des traditions et de l’idéologie sécrétées par une organisation sociale de type féodal, pèse énormément sur les masses populaires. »1

Ce n’est pas pour rien que Sankara a souvent été comparé à Che Guevara : ils avaient en commun une volonté sincère et authentique d’être au service du peuple, une volonté de vivre parmi lui et comme lui. Sankara va vendre l’ensemble du parc des automobiles luxueuses des ministères et imposer aux membres de son gouvernement le voyage en classe éco en avion.

Et les deux hommes vont connaître le même destin tragique dans leur recherche d’une nouvelle voie pour l’émancipation humaine.

Paul Martial

  • 1. Discours d’orientation politique du 2 octobre 1983.

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