Retraites : comprendre, expliquer et mobiliser

Le 10 octobre, Jean-Paul Delevoye, haut commissaire chargé des retraites, et Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, ont reçu l’ensemble des organisations syndicales pour présenter les premières pistes de la réforme des retraites du quinquennat Macron.

Après des mois de prétendue « consultation citoyenne » et de « concertation » avec les syndicats, les annonces du gouvernement sont restées délibérément floues, mais le calendrier de la contre-réforme se dessine désormais nettement.

Le pouvoir voudrait rééditer la stratégie qui lui a réussi pour la réforme du code du travail. 

Un cadre très contraignant et « non négociable » étant fixé, l’exécutif voudrait continuer à engluer et paralyser pendant encore des mois (jusqu’en mars ou avril 2019) les organisations syndicales dans une multitude de réunions sur les « modalités d’application » de son projet, espérant obtenir, moyennant quelques concessions mineures, le soutien d’au moins une partie d’entre elles. Il laisserait passer ainsi l’échéance des élections européennes. Il pourrait ensuite rapidement abattre ses cartes à la veille des congés pour faire voter sa loi à la hâte pendant l’été ou au début de l’automne 2019, et prendre ainsi de court toute velléité de mobilisation.

La réforme des retraites de 2019 sera l’un des moments clés de l’offensive libérale du quinquennat Macron. Sous des dehors « techniques » (la retraite « par points ») et au nom de « l’équité » (un seul régime donnant les mêmes droits à toutes et tous), la réforme Buzyn/Philippe/Macron constitue un basculement « systémique » irréversible. Elle démantèlerait un pan entier de la Sécurité sociale, condamnant la majorité des salariéEs à un travail sans fin ou une retraite dans la gêne ou la pauvreté. Elle ouvrirait une brèche dans laquelle les assurances privées pourraient s’engouffrer.

Dans le contexte d’une colère sociale montante et d’un discrédit croissant du pouvoir, l’adoption de la contre-réforme des retraites pourrait s’avérer plus difficile que Macron et son gouvernement ne le prévoyaient, à condition de ne pas se laisser enfermer dans le calendrier qu’ils veulent imposer, et d’engager dès aujourd’hui la mobilisation.

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