Pour un état des lieux de la classe ouvrière

Difficile de faire tenir sur une seule photo une classe ouvrière qui regroupe plus de trois milliards d’individus. Une classe ouvrière à la fragmentation inédite, qui va de l’« ouvrierE-ingénieurE » en « salle blanche » d’une entreprise de composants électroniques en France à la salariée d’une entreprise du textile au Bangladesh dont le bâtiment est au bord de l’effondrement... Une classe dont les contours sont depuis longtemps l’objet de débats.

« On appelle classes, de vastes groupes d’hommes qui se distinguent par la place qu’ils occupent dans un système historiquement défini de production sociale, par leur rapport (la plupart du temps fixé et consacré par les lois) vis-à-vis des moyens de production, par leur rôle dans l’organisation sociale du travail, donc, par les modes d’obtention et l’importance de la part de richesses sociales dont ils disposent. Les classes sont des groupes d’hommes dont l’un peut s’approprier le travail de l’autre, à cause de la place différente qu’il occupe dans une structure déterminée, l’économie sociale. »1

Devant la baisse de sa visibilité au travers de ses luttes, la notion même de classe ouvrière est mise en cause sans parler de l’impossibilité d’écrire ou de prononcer le mot prolétariat. Syndicalistes, sociologues, expliquent essentiellement la baisse de la conflictualité sociale par une fragmentation fondamentalement plus grande que celles que l’on pouvait trouver dans l’entre-deux-guerres et après. Dans les années 1930, le mouvement majoritaire allait vers la concentration, le regroupement, avec la généralisation du taylorisme et du fordisme, alors qu’aujourd’hui on est plutôt dans la parcellisation, l’émiettement, la déstructuration, tout en tenant compte de l’existence de véritable villes-usines en Asie ou Asie du Sud-est. Ceci provoque l’affaiblissement des collectifs, des organisations capables de combattre les reculs sociaux. Dans les pays capitalistes « avancés » l’heure est aux combats défensifs contre les licenciements, les fermetures de sites. Dans les pays « émergents », c’est la lutte pour des conditions de travail humaines, pour un droit du travail protecteur, des salaires permettant de vivre décemment.

« Les conditions économiques avaient déjà transformé la masse du pays en travailleurs. La domination du capital a créé à cette masse une situation commune, des intérêts communs. Ainsi cette masse est déjà une classe du point de vue du capital, mais pas encore pour elle-même. Dans la lutte, cette masse se réunit, elle se constitue en classe pour elle-même. »2

Suite à l’effondrement des deux grands courants historiques du mouvement ouvrier, la nécessité, l’urgence de renversement du système capitaliste, le chemin menant des luttes sociales « élémentaires » à la lutte « finale » est à reconstruire. Face à cette situation, ce dossier est un premier élément d’un état des lieux.

 

  • 1. Lénine, La grande initiative, 1919
  • 2. Karl Marx, Misère de la philosophie, 1847.

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