Qui vote FN ?

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Politique
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Le noyau dur de l’électorat FN est de plus en plus populaire. Son poids électoral chez les ouvriers et employés est apparu lors des élections présidentielles de 1995 (ce n’est donc pas une nouveauté liée à Marine Le Pen), mais les chiffres s’aggravent d’élections en élections. En 2012, 31 % des ouvrierEs qui se sont déplacés au premier tour de la présidentielle ont voté FN (23 % rapportés aux inscritEs). Les ouvriers comptent pour un peu moins d’un tiers du total des électeurs 2012 de Marine Le Pen : si on y ajoute les employéEs, ils forment ensemble près de la moitié des électeurs FN en chiffres absolus.

Le FN a d’abord gagné l’électorat populaire radicalisé de la droite (De Gaulle et Chirac avaient un électorat populaire), puis ensuite un électorat de gauche ayant changé de bord (voir les scores du bassin minier Nord-Pas-de-Calais ou de Hayange). Enfin, le FN gagne désormais de plus en plus de primo-électeurs (des jeunes qui votent FN dès qu’ils ont 18 ans) parmi la jeunesse pas ou mal diplômée. Le poids des catégories populaires dans l’électorat FN n’a cessé de croître au rythme du phénomène de « désalignement » de plus en plus important entre la classe ouvrière et la gauche : les derniers sondages montrent que l’ensemble des candidats de gauche et d’extrême gauche réunis recueillent moins de voix ouvrières que le seul FN !

De la même façon, depuis 2012, le FN comble son retard dans des électorats où il était historiquement faibles : les femmes, la France de l’Ouest et les catholiques pratiquants qui se rapprochent désormais de la moyenne nationale du FN. Seuls les grandes métropoles, les cadres et les retraitéEs résistent encore électoralement à l’appel du Front1.

Tout récemment, selon une étude Cevipof publiée par le Monde le 28 février dernier, le FN réalisait une percée inédite chez les agriculteurs (35 %), dépassant pour la première fois le candidat de la droite dans un électorat pourtant acquis aux forces conservatrices. Du jamais vu dans un monde paysan qui se sent abandonné.

De même, une note de février du même Cevipof montrait l’émergence de plus en plus nette du FN parmi les catégories les plus modestes de la fonction publique, qui souffrent du manque de revalorisation de leur emploi et de l’absence de perspectives, particulièrement dans la catégorie C de la fonction publique hospitalière (1 sur 3 voterait FN en 2017) confrontée aux restrictions budgétaires et aux tensions sur la laïcité. Enfin, Marine Le Pen, qui a toujours été populaire chez les forces de l’ordre, atteint désormais le chiffre absolument record d’un policier ou militaire sur deux qui voterait pour elle !

 

  • 1. Voir Les faux-semblants du FN, Presses de Sciences Po