La gauche institutionnelle à la peine

Depuis les années 2000, l’affaiblissement des différents partis de la gauche institutionnelle leur impose de trouver des cadres d’alliance qui fluctuent en fonction des rapports de forces locaux. Les échéances de 2014, sous le gouvernement de Hollande, avaient poussé le PCF et le Parti de gauche, regroupés dans le Front de Gauche (avec la présidentielle de 2017 en ligne de mire), à se positionner, au premier tour, en indépendance du PS. Cette stratégie de premier tour préparait le ralliement ou l’alliance de second tour pour préserver un maximum d’éluEs au PCF.

Depuis la présidentielle, on a vu l’éclatement du Front de gauche, hégémonisé par la dynamique de la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Mais l’échéance des européennes 2019 a été un coup de massue pour la perspective de « révolution par les urnes » de La France insoumise, qui n’a récolté que 6,3 %, tandis que le PCF rassemblait 2,5 % sur sa candidature propre. Dans le même temps la galaxie issue du PS, incapable d’aller aux élections sous ses couleurs (Place publique, Génération.s, Nouvelle Donne…) continuait d’être sanctionnée pour sa politique d’austérité. Enfin EÉLV se gargarisait de ses 13 % sur une ligne ni de droite ni de gauche, pour un capitalisme vert. 

Du côté du PCF

Autant dire qu’aucune stratégie d’alliance ne s’imposait pour des partis dont la visée est de gagner et/ou préserver un maximum d’éluEs, gage de leur crédibilité de gestionnaires.

Pour le PCF, ce qui se joue dans les semaines à venir, c’est sa capacité à maintenir un appareil qui existe grâce au travail de dizaines de milliers de militantEs, mais qui vit (financièrement parlant) grâce à ses milliers d’éluEs. C’est aussi sa capacité politique à peser dans l’échéance centrale de la présidentielle : avec plus de 600 maires, le PCF peut, encore, adouber une candidature à la présidentielle. Enfin, sauver le maximum de conseillers municipaux, c’est également préparer les élections indirectes (et opaques pour la population) qui détermineront l’existence d’un groupe communiste au Sénat. Le problème du bilan et des perspectives sur lequel bute le PCF est partiellement résumé par Pierre Lacaze et Yann Le Pollotec, membres de la direction du parti, qui écrivaient en septembre dernier « Nous sommes devant un effet ciseaux : d’un côté l’aggravation de la situation économique des gens, des transitions démographiques et écologiques qui appellent plus de dépenses sociales et plus de services publics et, dans le même temps, des recettes fiscales communales en fort recul, des pertes de compétences et le désengagement de l’État. » Du coup, les maires PCF sont attaqués sur leur bilan, et les marges de manœuvre de promesses électorales sont extrêmement réduites. 

Il ne reste donc qu’à trouver des alliés, tous les alliés possible, ce que les mêmes dirigeants du PCF formulaient pudiquement : « Nous appelons au rassemblement de toutes et tous pour battre la droite et l’extrême droite et à l’engagement de millions d’hommes et de femmes que nous voulons mobiliser sur les enjeux locaux liés aux grandes questions politiques qui traversent le pays. ». La géographie des alliances aboutit donc à un kaléidoscope : alliance avec le PS et Génération.s, Place publique comme à Paris, Toulouse ou Marseille, ralliement à EÉLV dans des villes importantes (Bordeaux, Strasbourg, Caen) ou alliance avec EÉLV pour sauver sa prépondérance comme à Saint-Denis (93), ou Vitry (94), tandis qu’à Montreuil (93) et Ivry (94), PCF et EÉLV s’affrontent.

Défendre une orientation claire et cohérente

Les enjeux sont moindres pour LFI, qui n’avait aucune mairie à sauver et qui adapte sa stratégie d’une part à sa structuration interne et d’autre part à la priorisation de l’échéance présidentielle. Ce qui l’amène à se dissoudre de préférence dans des listes « citoyennes », les plus emblématiques étant celles de Paris ou de Toulouse. Mais aussi à achever de consommer l’explosion de ce qui a été le Front de gauche, en se présentant contre le candidat PCF alors qu’ils faisaient partie de la même majorité (comme à Saint-Denis ou Ivry…).

Les orientations du PCF et de LFI, avec chaque parti sur sa logique et obéissant à des préoccupations d’auto-conservation dans un contexte ultra-défensif, peuvent ainsi générer des dynamiques démoralisatrices pour leurs militantEs.

Certes, de par leur nature d’élections locales, les élections municipales présentent des configurations spécifiques suivant les histoires militantes locales. C’est pour cela que le NPA se présente dans des configurations diverses. Mais nous le faisons autour d’une orientation claire et cohérente : pas question de se poser en gestionnaire institutionnel, combat contre les contraintes budgétaires imposées aux municipalités et soutien aux mobilisations, à commencer par celles des agentEs territoriaux qui seront indispensables contre la mise en œuvre de la Loi de transformation de la fonction publique. Ce qui a pu amener le NPA à se retrouver avec des groupes de militantEs de LFI ou du PCF dans quelques villes, le plus souvent avec des équipes militantes associatives, syndicales ou Gilets jaunes, qui ont construit ensemble les mobilisations de ces derniers mois.

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