FN : Toujours sous son mauvais profil...

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Politique
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Contrairement à sa première expérience présidentielle de 2012, Marine Le Pen et le staff qui l’entoure ont fait le choix de retarder le plus possible l’entrée en campagne du parti d’extrême droite.

Plusieurs axes se dessinent cependant : en matière de politique internationale, le FN cherche à tisser des liens à l’étranger, avec comme arrière-pensée la volonté de doter son parti d’une « crédibilité » sur la scène diplomatique (voir article dans ce dossier). Un deuxième axe concerne la dimension « sociale et économique » du discours frontiste et met en avant le protectionnisme et la sortie de l’euro et/ou de l’Union européenne. Ce deuxième aspect est lié à un troisième, relatif au projet de société spécifique du FN, la « préférence nationale » rebaptisée « primauté nationale ». Ces aspects sont hyper connectés : c’est par la sortie des engagements européens et par le traitement de l’immigration que le parti d’extrême droite entend réaliser ses promesses en matière sociale. En toile de fond demeure l’idée selon laquelle les immigrés et les étrangers doivent payer pour « notre » sortie de crise, et que la France paie davantage pour ses engagements européens qu’elle ne reçoit de l’Union européenne, tout cela avec une vieille rengaine d’extrême droite : les immigrés coûtent cher aux nationaux...

La sortie de l’euro : le saint Graal pour sauver la France !

Côté protectionnisme, ça ne bouge guère au FN. Certes, depuis l’hiver 2015-2016, la direction a semblé hésiter sur l’opportunité d’afficher clairement l’objectif d’une sortie de l’euro. Au risque de brusquer l’électorat LR/UDI, notamment les retraitéEs ainsi que les petits patrons inquiets vis-à-vis d’une mesure dévalorisant possiblement leur épargne. Or, lors de sa conférence de politique internationale du 23 février, Marine Le Pen a clairement annoncé qu’elle entendait « en finir avec l’Union européenne ». Les doutes semblent donc levés sur cette question.

Par ailleurs, la « primauté nationale » demeure bien au cœur du programme du FN, tel qu’il a été présenté à Lyon, les 4 et 5 février derniers, en 144 mesures. Et c’est bien le protectionnisme national qui est censé financer les promesses « sociales » du parti d’extrême droite. Le FN prétend ainsi créer une taxe spéciale sur les produits d’importation, à hauteur de 3 %, dont il annonce qu’elle pourrait déboucher sur une « prime » de 80 euros mensuels pour les salariéEs. Exit donc l’ancienne promesse d’une hausse de 200 euros par mois du SMIC et des bas salaires. 

Derrière les apparences d’un discours prétendument social...

Concernant les luttes sociales, le FN est bien évidemment « ni pour ni contre, bien au contraire ». Comme il se doit, ils furent aux abonnéEs absents pendant le mouvement contre la loi travail.

Quelques mois plus tard, usant dans un premier temps au compte-gouttes de leur temps de parole dans les médias, les dirigeants frontistes se présentent aujourd’hui comme des forteresses antilibérales. Ainsi, bien avant les « Assises présidentielles » de Lyon, le FN s’en est tout d’abord pris à Fillon et à son projet de casse de la Sécurité sociale : revendiquant sans vergogne l’héritage du CNR qui fut à l’origine de la Sécu, Le Pen a ainsi fait imprimer et distribuer fin 2016 des tracts-cartes Vitale avec l’inscription : « Fillon va vous rendre malade. (…) Une opération radicale sans anesthésie ». Elle entendait ainsi dénoncer une prétendue « fraude gigantesque à la Sécu »... complètement inventée, mais qui lui a un temps permis de faire miroiter d’éventuelles économies délirantes en matière d’assurance maladie...

Ce fut ensuite l’augmentation annuelle du SMIC qui permit à la candidate scandalisée de monter sur la table : le FN n’avait-il pas quant à lui proposé en 2012 « 200 euros d’augmentation » ? Certes en réduisant de manière radicale les cotisations sociales : donc plus de salaire direct versé en apparence... mais moins de protection sociale !

… Reste les mesures libérales et emblématiques de l’extrême droite

L’incursion du FN en matière sociale connaît aussi de sérieuses limites. De façon emblématique, ce fut le cas lors d’un déplacement de la candidate dans l’Eure le 6 janvier dernier, au cours duquel Le Pen cherchait à se présenter en défenseur des services publics menacés dans les espaces ruraux. En visitant un bureau de poste à Ecouis, elle a lourdement insisté sur le scandale des zones rurales où l’on paierait deux fois pour nos services publics : impôts étatiques et locaux... Sauf que c’est tout simplement faux ! Car nulle part en France, les services postaux ne sont financés par les collectivités territoriales.

Plus substantiellement, en matière « sociale », le programme annoncé à Lyon tire un peu moins vers la démagogie qu’en 2012, et comporte donc plus de mesures libérales. Ainsi offrir la possibilité aux riches de transférer à leurs héritiers par voie de don, donc en contournant la fiscalité sur les successions – 100 000 euros tous les cinq ans au lieu de quinze ans aujourd’hui (et dix ans dans le programme de François Fillon..). Pour les salariéEs, on y trouve du « travailler plus pour gagner plus » sarkoziste, avec les heures supplémentaires défiscalisées.

Enfin, tentant à tout prix d’apparaître « dédiabolisé », le FN a d’abord communiqué sur ce que le programme 2017 ne comporte plus : le retour à la peine de mort. Toutefois, il se réserve une porte de sortie, puisqu’il se prononce pour des « référendums d’initiative populaire ». Ainsi il en proposera un sur la condamnation à la perpétuité réelle... et dans ce cadre le rétablissement de la peine de mort pourrait ainsi réapparaître au premier plan.

Alors, qu’est-ce qui a changé en cinq ans ? La tonalité sans aucun doute... mais surtout le regard que médias et patronat posent aujourd’hui sur ce parti, de plus en plus fréquentable aux yeux de beaucoup. Le FN reste pourtant un parti d’extrême droite à combattre pied à pied.

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