FN : Les affaires sont les affaires

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Politique
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« Mains propres et tête haute », le FN a fait de ce slogan sa marque de fabrique, il serait le seul parti honnête à dénoncer et vouloir poursuivre tous ceux qui ne respectent pas les règles…

Marine Le Pen déclarait en 2011 : « Je ne peux pas tolérer que des réseaux de fraudeurs se développent dans l’impunité. Je ne peux pas admettre que l’on puisse mieux s’en sortir en trichant, en violant la règle du jeu et la morale publique plutôt qu’en étant un honnête citoyen qui travaille. Mon mandat sera donc placé sous le signe de la lutte acharnée contre la  fraude », sauf qu’il s’agissait dans son discours de lutter contre la fraude sociale, et non fiscale !

Multiplication des casseroles

Le Front national est rattrapé par les affaires, et elles sont nombreuses... 29 assistants parlementaires (sur les 60 que compte le FN) sont poursuivis pour avoir occupés un emploi fictif, soit un détournement d’argent de 7,5 millions d’euros. Financement illégal de campagnes électorales via le micro-parti Jeanne : le parquet a ouvert une instruction judiciaire en octobre dernier, et soupçonne « une escroquerie en bande organisée ». Et en 2014, le père et la fille auraient dans leurs déclarations fiscales sous-estimé d’environ 60 % leur patrimoine immobilier. Et s’ajoute à cela l’évasion fiscale et les emprunts russes...

Les casseroles ne datent pas d’hier, elles sont intrinsèquement liées au parti. Ainsi Jean-Marie Le Pen a été poursuivi 17 fois par le fisc. Dès 1976, c’est-à-dire 4 ans après la fondation du parti, l’administration fiscale s’intéressait à son président suite à l’héritage douteux que lui aurait légué son ami milliardaire Hubert Lambert.

Il est légitime de se demander pourquoi, alors qu’elle est en pleine campagne présidentielle, Marine Le Pen n’exploite pas l’affaire Fillon, l’exemple rêvé pour illustrer son argumentaire du « tous pourris ». La réponse est évidente : son parti est totalement corrompu, il profite largement du système, se targuant d’être le parti du peuple et des ouvriers, en ayant à sa tête des millionnaires...

Posture victimaire

La ligne de défense des frontistes emprunte toujours la même voie. Le FN et sa présidente seraient les victimes d’un complot qui viserait à les abattre au regard du danger qu’ils représenteraient. Une cabale qui serait l’œuvre d’un système politico-médiatique prêt à tout pour court-circuiter leur irrésistible ascension. Ainsi, le communiqué de presse du FN du 20 février suite à une perquisition au siège du parti à Nanterre dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires au Parlement européen, ne dit pas autre chose : il s’agit « à l’évidence d’une opération médiatique dont le seul but est de tenter de perturber le bon déroulement de la campagne électorale présidentielle et de tenter à nuire à Mme Le Pen au moment même où sa candidature effectue une importante percée dans les intentions de vote, notamment pour le second tour ». Se draper dans une posture victimaire, faire référence à un complot et se présenter ainsi comme l’ennemi numéro un du système est une des plus vieilles recettes de l’extrême droite afin d’esquiver le fond des problèmes. Il faut en effet dissimuler ce que révèlent toutes ces affaires.

Car le parti frontiste et ses dirigeants ne sont pas si « anti-­système » qu’ils le prétendent. Ils mettent les deux mains dans le pot de confiture et cela depuis des décennies. Un ex-conseiller de la campagne de Marine Le Pen de 2012, Gaël Nofri, a récemment évoqué l’existence d’un « système de corruption généralisé » au sein du FN. En outre, c’est à nouveau pour tenter de camoufler cette évidence que la candidate à l’élection présidentielle a refusé de se présenter à une convocation de la police judiciaire le mercredi 22 février, toujours dans le cadre de l’affaire des assistants parlementaires.

Se plaçant au dessus de la justice alors qu’elle exige d’elle plus de fermeté, elle se rapproche encore un peu plus d’une caste politique qu’elle prétend combattre. L’animatrice humoriste Charline Vanhoenacker a vu juste : Le Pen est bien la candidate du « nanti-système ».