En finir avec le racisme et les violences policières

Au forum central de l’université d’été, organisé mardi après-midi, plusieurs invitéEs, parmi lesquels les premierEs concernéEs, sont venus témoigner et débattre d’une question qui a dominé l’actualité dans le monde, aux USA en particulier après l’assassinat de George Floyd, et ici avec les fortes mobilisations notamment à l’appel du comité Adama Traoré.

Àla tribune, Raphaël Kempf, avocat au Barreau de Paris, qui défend depuis plusieurs années des manifestantEs et activistes victimes de la répression d’État. Auteur de l’ouvrage Ennemis d’État, il montre comment les lois scélérates de 1893-1894 ont servi de matrice aux dérives sécuritaires actuelles. À ses côtés se trouvaient Taha Bouhafs, journaliste, vidéaste, militant au sein du comité Adama ; Fatou Dieng, sœur de Lamine, mort suite à un plaquage ventral dans un fourgon de police le 17 juin 2007 à Paris, et qui se bat avec sa famille au sein du comité Vérité et justice pour Lamine Dieng depuis treize ans pour obtenir justice ; Diané Bah, frère d’Ibrahima Bah, un jeune homme mort à la suite d’un accident provoqué par une voiture de police à Villiers-le-Bel le 6 octobre dernier, et pour lequel, comme pour les autres, la police nie toute implication et cherche à criminaliser la victime ; enfin, Almamy Kanouté, acteur et membre du comité Adama, assassiné le 19 juillet 2016 dans la gendarmerie de Persan-Beaumont.

Un système d’impunité policière

Dans son intervention, Raphaël Kempf a souligné que toutes ces violences policières ne pouvaient s’exercer que sur la base légale que leur donnent les lois scélérates qui sont votées une à une, en particulier depuis l’application de l’état d’urgence en 2015. Une dérive autoritaire constante qui vise à donner plus de pouvoir aux forces de l’« ordre » et à l’État, aux procureurs, aux préfets et au ministère de l’Intérieur. En conséquence, la question de l’impunité de la police ne peut se comprendre que parce la justice l’y autorise et que l’État qui fait voter ces lois l’y encourage. Le nouveau ministre de l’Intérieur l’a résumé brutalement : « C’est la police de la République, la gendarmerie, les forces légitimes d’intervention des forces de l’ordre qui font la loi dans notre pays » !

Les interventions des militantEs à la tribune ont été l’illustration graphique de cette collusion police/justice couverte par la loi. Ces familles qui se battent depuis des années pour réclamer justice sont confrontées aux mêmes obstacles : déni de mise en cause des policiers malgré les témoignages, faux témoignages, dissimulation de preuves, plainte classée sans suite, refus de livrer à la défense les pièces du dossier comme les bandes vidéo, ce qui contraint les familles et leurs défenseurs à de longues procédures juridiques et des contre-expertises coûteuses.

Mais leur pugnacité, leur détermination et la solidarité construite autour d’elles, et d’abord dans les quartiers, ont aujourd’hui redonné force au mouvement antiraciste où la jeunesse prend toute sa place. Des mobilisations qui font éclater au grand jour la véritable nature de ces violences policières. Elles sont le fruit d’une politique globale : un racisme d’État assumé qui traite depuis des décennies les habitantEs des quartiers populaires, héritiers de l’immigration comme des citoyenEs de seconde zone. C’est, de fait, la continuité dans les quartiers populaires, et également dans les territoires d’outre-mer, des lois d’exception racistes infligées aux anciennes colonies, et aujourd’hui encore vis-à-vis des migrantEs.

La nécessité de lutter touTEs ensemble

Mais le racisme n’est pas le seul ressort de ce déchaînement de violences policières qui, comme l’a rappelé Raphaël Kempf, se sont étendues à tous les mouvements sociaux, Gilets jaunes, mouvements syndicaux, écologistes… Le néolibéralisme et les ravages qu’il impose aux classes populaires ont besoin d’une répression policière pour terroriser la population, l’habituer à l’arbitraire et écraser toute velléité de révolte. La police apparaît pour ce qu’elle est : le bras armé de l’État pour défendre les intérêts capitalistes.

C’est pourquoi l’insistance d’Almamy Kanouté et des autres militantEs à la tribune sur la nécessité de lutter touTEs ensemble est d’une importance cruciale. Les initiatives du comité Adama pour lier sa lutte à celles des Gilets jaunes et des mouvements écologistes montrent la voie pour une convergence et une alliance des luttes contre notre ennemi commun, le capitalisme. Une convergence d’autant plus cruciale que c’est justement le poison du racisme qui affaiblit les luttes de notre camp social. « Pas de justice, pas de paix ! » Un slogan qui a conclu ce forum où les interventions de la tribune et de la salle ont exprimé la nécessité de préparer ensemble les luttes à venir.

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