C’est dans la rue que ça se passe !

Pour imposer un coup d’arrêt à l’offensive antisociale que nous subissons depuis trop longtemps et pour changer de société, la solution n’est pas le bulletin de vote.

Ce n’est pas grâce aux élections que le cours de l’histoire a changé et que les classes laborieuses, les femmes, les jeunes ont conquis des droits. Ce sont les révolutions, les grèves générales, les grands mouvements sociaux qui font avancer les choses. La réduction du temps de travail, la Sécu, les congés payés, le droit à l’avortement… ont été arrachés à la suite de grandes mobilisations comme en 1936, à la Libération ou en mai 1968.

C’est d’un Mai 68 qui aille jusqu’au bout dont nous avons besoin aujourd’hui, d’une grève générale, d’une mobilisation du monde du travail, avec la jeunesse et touTEs les oppriméEs. Au plus fort du mouvement contre la loi travail, quand les raffineries, la SNCF et d’autres étaient en grève, cette possibilité d’un blocage de l’économie, d’un tous ensemble flottait dans l’air, et les élites politiques et économiques ont commencé à paniquer, quitte à avoir recours à une répression brutale, physique et idéologique, contre la mobilisation. Dans les moments où les travailleurEs occupent le devant de la scène, l’ambiance change et le rapport de forces peut basculer.

À l’échelle de l’Europe, plusieurs pays ont connu des grèves importantes contre des attaques similaires, en Grèce, au Portugal, en Espagne, en Belgique... Nous subissons dans le monde entier la crise et les plans d’austérité. Nous serions tellement plus efficaces en nous mobilisant au même moment, y compris à l’échelle européenne, au lieu de faire des grèves de 24 heures les uns après les autres. L’internationalisation de la production et des échanges doit nous pousser dans ce sens de l’internationalisation des luttes.

Pour y parvenir, nous ne pouvons compter que sur nos propres forces

Aucun politicien ne nous sauvera. L’exemple de la Grèce l’a montré : il y a deux ans, Tsipras a dit aux Grecs : « votez, je m’occupe du reste ! ». Ce discours délégataire et démobilisateur a débouché sur une catastrophe : alors que les seulEs qui ont la force d’imposer l’annulation de la dette, de prendre l’argent là où il est, ce sont les travailleuses et les travailleurs, Tsipras a fait miroiter une illusoire négociation avec l’UE... qui ne pouvait déboucher que sur un nouveau plan d’austérité. Aujourd’hui Tsipras, qui était cité comme modèle par Mélenchon et bien d’autres, mène une politique qui n’a rien à envier à celle de Hollande.

Compter sur nos propres forces, cela veut également dire ne pas nous en remettre au « dialogue social », qui consiste en réalité à négocier des reculs pour les salariéEs. Considérer Medef et syndicats comme des « partenaires sociaux » qui travailleraient ensemble, avec un objectif commun, c’est s’adapter d’avance à l’offensive menée par le patronat et ses serviteurs. En effet, les salariéEs et leurs patrons ont des objectifs contradictoires : vivre mieux contre travailler plus, être payés plus cher ou augmenter les profits, cela s’oppose toujours, ce n’est pas un problème de bonne ou mauvaise volonté.

L’urgence, pour nos droits et contre les politiques menées par les gouvernements successifs, c’est de construire les luttes et de les faire converger. Compter sur nos propres forces, cela signifie faire en sorte que le pouvoir de décision appartienne toujours à celles et ceux qui se mobilisent, qui luttent, qui font grève, car ils sont les mieux à même de savoir si la lutte doit continuer, sur quels objectifs, à quels rythmes. Les assemblées générales, les comités de grève ou de lutte élus par les grévistes, l’ensemble des cadres où ceux d’en bas se regroupent et s’organisent comme les zones à défendre (ZAD), sont de notre point de vue les outils privilégiés de la prise en main par les exploitéEs et les oppriméEs de leur propre destin.

Toutes les concessions que nous arrachons aux capitalistes ne sont que temporaires tant que le système dans son ensemble n’est pas remis en cause. Ce que nous leur arrachons de leur main gauche, si nous baissons la garde, ils le reprennent de la main droite. C’est pour cela qu’au-delà des luttes partielles, il est nécessaire que les travailleurEs se dotent de leur propre gouvernement. Celui-ci transformerait ce qui se produit dans les mobilisations pour construire un pouvoir contrôlé par les exploitéEs, par les formes démocratiques qui jaillissent dans les luttes, pour défendre un programme dans leur intérêt. La classe dirigeante ne nous laissera pas passivement faire. Elle essaie déjà de nous empêcher de manifester, nous arrose de lacrymos et nous attaque à coups de matraque quand nous nous battons contre un projet comme la loi travail ! Mais si le nombre et l’organisation sont de notre côté, nous pouvons déplacer des montagnes !

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