L’OMS, entre budgets en berne et réorientation stratégique

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Suite à la crise financière, les pays donateurs ont encore réduit leur contribution à l’OMS, qu’ils ont toujours regardée avec beaucoup de suspicion...

Le budget annuel de l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé, était seulement de 3,98 milliards de dollars en 2013. Mais l’année suivante, année du déclenchement de l’épidémie d’Ebola, il n’était plus que de 3 milliards de dollars. 

Un milliard en moins...

À comparer par exemple avec les 6 milliards de dollars du CDC, agence fédérale de santé publique des États-Unis. À comparer surtout avec les dépenses annuelles du principal donateur pour la santé mondiale, la fondation Bill et Melinda Gates, 5 milliards de dollars !

Aujourd’hui, les initiatives privées, non contrôlées démocratiquement, et qui développent des stratégies de santé bien particulières, ont des budgets largement supérieurs à ceux de l’OMS. La fondation Bill Gates a des actifs à hauteur de 45 milliards de dollars. Elle peut donc choisir de développer des actions à ce niveau, cela alors que l’OMS ne peut réellement décider que de 20 % de son budget, soit la part qui provient des cotisations des États membres des Nations unies !

Le reste, 80 % donc, provient des donations d’États ou de fondations. Des donations arrachées, selon les pathologies, les programmes, le bon vouloir des États et des fondations, et parmi elles à plus de 50 %… la fondation Bill Gates !

Restructurée... pour gérer l’austérité

Cette austérité est associée à une profonde restructuration de l’OMS pour répondre aux choix et aux financements des donateurs. Ainsi, il y a eu une augmentation de 20 % des budgets pour les maladies non transmissibles, en clair cardio-vasculaire, diabète, cancer, qui ont leurs marchés. Mais il y a surtout eu une baisse de 50 % des budgets du secteur intervention épidémie crise, passés de 469 à 228 millions d’euros. Ainsi, le docteur Fukuda de l’OMS estime qu’il dispose de 35 % de personnels en moins par rapport à la pandémie de grippe H1N1, plus du double des coupes enregistrées par l’ensemble de l’OMS. La direction action épidémie est passée de 94 à 34 personnes ! La direction sciences des maladies pandémiques et épidémiques ne comptait plus que 52 personnes, secrétaires comprises... et parmi elles, un seul spécialiste des fièvres hémorragiques à Ebola !

Derrière ces chiffres et ces budgets en baisse, c’est tout un savoir faire qui a été détruit. Détruit et dispersé, tout le pool d’anthro­pologues qui connaissait d’expérience les pratiques traditionnelles, utilisait les savoirs traditionnels en matière d’épidémie, et savait que les funérailles étaient un grand vecteur de diffusion de la maladie. Ainsi, 8 mois après le début de l’épidémie, les funérailles traditionnelles représentaient encore plus de 50 % des modes de contamination. Quand les soldats ou les gendarmes venaient « enlever les morts » dans des housses, les familles cachaient souvent les défunts, s’en prenaient aux équipes Ebola, alors qu’il aurait fallu savoir modifier, avec l’accord des communautés, les pratiques traditionnelles des funérailles…

Décentralisée... et sous pression

Pour faire face à ces budgets en baisse, l’OMS a aussi connu une profonde décentralisation. Une décentralisation qui n’est pas synonyme de proximité avec les problèmes de santé publique, mais qui a surtout rapproché les bureaux locaux de l’OMS des pressions des pouvoirs politiques locaux, on le sait, « extrêmement soucieux » des problèmes de santé.

Ainsi, le bureau Afrique de OMS a été régulièrement accusé d’avoir tardé à remonter l’information d’une épidémie Ebola qui émergeait. Quel intérêt d’alerter la communauté internationale sur un virus qui émerge, qui ne touche au départ que les villages, et qui peut faire peur et décourager les investisseurs internationaux ?

Sans richesses, pas de prévention

L’OMS mettait aussi l’accent sur une nouvelle stratégie consistant à aider les pays à élaborer et à construire des instruments d’intervention en cas d’urgences sanitaires. Mais, en particulier dans les pays les plus pauvres (en Afrique donc), en 2012, année où tous les plans de prévention auraient dû voir le jour, seuls 20 % des pays les avaient toutes promulguées. En Afrique, moins d’un pays sur trois disposait de programmes pour détecter et arrêter les maladies infectieuses. 

Ainsi, le virus Ebola, responsable de l’épidémie actuelle, a émergé en décembre 2013 dans la région de Guéckédou, en Guinée. Il faudra attendre mars 2014, quatre mois plus tard, pour qu’il soit identifié par le système de santé, ruiné par les politiques d’ajustement structurels et l’accaparement des richesses par les classes dominantes corrompues !

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