La répression au cœur de la politique de régression sociale

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Certes, avec le refus d’amnistie des militantEs condamnés ou poursuivis pour des actions syndicales dès les premiers mois du quinquennat de Hollande, nous étions éclairés sur la volonté de ce gouvernement de s’inscrire dans la prolongation des politiques répressives des gouvernements de droite qui l’avaient précédé...

Du côté des mobilisations, dans un premier temps un certain attentisme était perceptible dû à la fois à des bribes d’espoirs dans la politique d’un gouvernement de « gauche », et une certaine sidération devant les premières mesures économiques entièrement favorable au patronat.

Les traditions des gouvernements de gauche offrent un large éventail de politiques en matière de soutien ou de répression du mouvement syndical et revendicatif, de la brutale répression de la grève de mineurs de 1948 aux droits nouveaux des salariéEs octroyés au départ du premier septennat mitterrandien... Ce sont les circonstances historiques d’accès au pouvoir de ces gouvernements qui déterminent la réalité d’une politique dont l’objectif est d’assurer la permanence de la domination de la bourgeoisie, quelles qu’en soient les implications en matière de politique économique, sociale, coloniale, répressive.

Une répression multiforme

L’installation dans une crise économique (re)devenue le fonctionnement normal du capitalisme impose au patronat et gouvernement « socialiste » une politique économique radicalement antisociale. Le pendant en est une politique répressive qui couvre à la fois le soutien aux politiques antisociales du patronat, des municipalités, et son accompagnement par une politique répressive spécifique de l’État appuyé sur un appareil judiciaire aux ordres. Cela sans oublier le fichage ADN et une loi sur le renseignement renforçant les contrôles des citoyenEs avec dans le viseur les militantEs.

Tous les champs de l’activité militante sont visés depuis l’hébergement syndical, l’entrave dans l’exercice des fonctions syndicales, la discrimination sur les déroulements de carrière liée à l’appartenance syndicale, la répression syndicale individuelle dans l’entreprise, la répression syndicale collective dans l’entreprise, la criminalisation lors ­d’actions collectives hors entreprise...

Du « dialogue social »

Ces politiques marquent une rupture qui s’inscrit dans la logique de celles engagées depuis plusieurs années dans différents pays. Depuis les politiques brutalement répressives de l’ère Thatcher-Reagan jusqu’à l’intégration plus ou moins forcée mise en œuvre aux USA, en Espagne, en Allemagne ou en Italie.

En France, même sous le gouvernement Sarkozy, l’heure était à la tentative de consolidation de l’intégration de l’ensemble des organisations syndicales autour de la CFDT, avec la loi sur la représentativité censée permettre de faire le tri entre organisations syndicales misant totalement sur le « dialogue social » et celles qui s’appuient encore sur les mobilisations des salariéEs. Dans l’entreprise, cette politique se décline avec des attitudes différenciées suivant la combativité des déléguéEs, des éluEs, des militantEs, voire des « simples » salariéEs.

Le fait nouveau est l’attitude répressive qui se développe dans les secteurs publics ou ex-publics. Au total, 40 % des salariéEs estiment que le fait d’être syndiquéE est un inconvénient.

Vers l’État policier

Au niveau des localités, cela se traduit par la multiplication des attaques contre les moyens octroyés aux organisations syndicales, avec notamment la mise à disposition de locaux pour les unions locales mais aussi les poursuites pour collages d’affiches, blocages de rues, voire distributions de tracts à des automobilistes sur la voie publique. La mobilisation contre la loi travail a été l’occasion d’une amplification de cette politique répressive dans le cadre d’un climat anxiogène et répressif initié dans la foulée et au prétexte des attentats terroristes. Face au risque d’une extension de la mobilisation, la répression brutale a partiellement réussi à décourager la participation aux manifestations, barrages ou blocages.

D’une politique répressive passive faite essentiellement de dissuasion quotidienne, on est donc passé à une politique offensive qui vise à briser toute riposte, toute combativité.

C’est tout l’enjeu des mobilisations au côté des Goodyear, de ceux d’Air France. Au delà des centaines de militantEs inculpés, condamnés en silence, il est décisif d’obliger le gouvernement à renoncer à sa politique, de faire comprendre au patronat que nous sommes solidaires. Une solidarité indispensable pour préparer les batailles de demain contre les prochaines offensives patronales et gouvernementales.

Robert Pelletier

 

Répression à tout-va

Des jeunes, scolarisés ou pas, des militantEs, des salariéEs simplement venus manifester… On compte plus de 200 poursuites et procès contre celles et ceux qui se sont mobilisés ces derniers mois contre la loi travail, y compris sur des accusations les plus délirantes comme celle, pour un stre

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