« Une gauche anticapitaliste indépendante au sein du mouvement » (OKDE-Spartakos)

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Voilà deux ans que le gouvernement est aux mains de Syriza, et le grand changement politique que promettait le réformisme n’a pas eu lieu !

À l’inverse, c’est Syriza lui-même, qui est passé ouvertement dans le camp de la gestion capitaliste, en prenant en charge l’application, pour le compte des capitalistes grecs et européens, de l’Union européenne et du FMI, du troisième programme d’austérité et de restructuration (« mémorandum »), qui est le plus dur subi jusqu’à maintenant, du fait qu’il garde les mesures des programmes antérieurs tout en en ajoutant de nouvelles (baisses des retraites, augmentation de l’imposition, surtout sur les bas revenus, réforme réactionnaire de la sécurité sociale, etc.).

Intégration

L’intégration complète de Syriza n’est pas une surprise, un accident ou une traîtrise. C’est l’évolution naturelle de la stratégie du parti, qui cherchait à améliorer de façon élémentaire les conditions de vie de la classe ouvrière, sans toucher à aucun intérêt de la bourgeoisie ou aux règles du système. Mais la crise rend impossible tout compromis de classe et il a fallu ainsi que Syriza choisisse... et il a choisi le rang des puissants ! Cette évolution avait été prédéterminée par la réadaptation conservatrice permanente au niveau du programme, avant même qu’il soit élu.

Les espoirs des couches populaires se sont vite évaporés, mais les états-majors bourgeois ont continué à ne pas faire confiance à Syriza. C’est ainsi qu’il y a eu un processus de négociation, qui a culminé avec le référendum du 5 juillet 2015, que Syriza a transformé en farce. Ensuite, celui-ci a essayé de prouver qu’il n’y a pas d’alternative aux mémorandums. Avec le cœur lourd et des pourcentages énormes d’abstention, les couches populaires ont malgré tout majoritairement voté pour Syriza aux élections de septembre 2015. Un Syriza exempt de toute promesse pro-ouvrière et désormais débarrassé de son opposition dans le parti, et qui jouissait déjà de la confiance de cercles capitalistes plus étendus.

Syriza-ANEL vont se maintenir au gouvernement tant qu’ils réussiront à imposer les nouvelles mesures, mais ce gouvernement sera remplacé dès qu’il aura complètement épuisé sa propre dynamique, au profit d’une autre dynamique plus à droite.

Évolutions

Les évolutions ont démenti complètement tous les groupes de la gauche (et de la gauche anti­capitaliste) qui se sont investis dans Syriza. Il n’y a eu aucun changement progressiste, et aucune opposition de gauche en son sein n’a pu menacer sa direction.

Les directions des scissions de gauche qui se sont produites après la signature du troisième mémorandum sont discréditées, car elles ont des liaisons étroites avec la bureaucratie syndicale et étatique et sont marquées par leur passé récent de participation au premier gouvernement Syriza à des postes très importants. Leurs chefs ont soutenu tous les choix misérables du gouvernement jusqu’à l’été 2015 : co-gouvernement avec la droite nationaliste, accord de février avec les « créanciers », élection au poste de la présidence de la Grèce d’un ex-ministre de droite... Leur dynamique au sein du mouvement1 est nettement moindre que la dynamique de la gauche anticapitaliste toujours restée indépendante et celle du milieu anarchiste.

En même temps, leur évolution politique ultérieure est très mauvaise : glissement vers des positions nationalistes, menant une politique essentiellement pour les médias, se refusant à se séparer de Syriza au sein des syndicats et des localités. L’Unité populaire (LAE) est même allée jusqu’à rencontrer très cordialement le parti pro-impérialiste kurdo-irakien de Talabani (PUK) et à envoyer des félicitations pour l’élection de Trump... Quant à Zoé Konstantopoúlou (Cours de la liberté)2, elle s’est abaissée au point de dénoncer dans les médias des membres d’Antarsya et de l’Unité populaire, les accusant de chercher à acheter ses propres membres pour qu’ils aillent ailleurs !

La gauche anticapitaliste au sein de Syriza (et plus tard de l’Unité populaire) n’a pu à aucun moment influencer sa politique, et elle n’a pas pu non plus attirer vers elle des ex-membres de Syriza en quantité significative. C’est donc un bilan sérieux qui doit être fait de la logique de se fondre au sein de partis communs avec le réformisme.

Indépendance

Antarsya constitue le tronc essentiel de la gauche anticapitaliste aujourd’hui. Son choix de ne pas s’impliquer dans Syriza et plus tard dans l’Unité populaire lui a garanti un profil anticapitaliste authentique. Certes, au niveau politique central, ses insuffisances ne lui ont pas permis de changer le rapport de forces en sa faveur : contradictions dans le programme, impuissance à changer l’agenda imposé par Syriza, impasses sur l’unité d’action, problèmes de fonctionnement interne, etc.

Malgré tout cela, elle rassemble un effectif militant de masse, avec une présence importante dans les syndicats et les universités et une contribution cruciale à bien des mobilisations clés : campagne pour le Non au référendum, manifestation anti-impérialiste lors de la visite d’Obama, solidarité pour les réfugiés, mobilisations contre les saisies des maisons...

Malgré la stagnation du mouvement, le système ne peut pas se stabiliser. Des explosions nouvelles peuvent et doivent se produire. Pour ceci, il faut une action commune étendue, mais aussi une gauche anticapitaliste indépendante au sein du mouvement.

Manos Skoufoglou (OKDE-Spartakos/membre de la IVe Internationale et Antarsya)

Titre et intertitres de la rédaction, note des traducteurs.

  • 1. Le mouvement (to kinima) désigne à la fois les mobilisations de masse et le courant militant large qui les porte.
  • 2. Zoé Konstantopoúlou, présidente du Parlement jusqu’à l’été 2015, a été au cœur de l’initiative de la commission d’audit sur la dette grecque. Elle a quitté Syriza sans vouloir rejoindre l’Unité populaire, et a créé un petit groupe, Cours de la liberté, que viennent de quitter des adhérents mettant en cause son fonctionnement démocratique…