Libye, Mali : la France aux avant-postes

« La France restera au Mali, le temps qu’il faudra » : c’est la principale déclaration du président Emmanuel Macron lors de son déplacement à Bamako, dimanche 2 juillet 2017, où il a assisté au sommet des pays du « G5 Sahel » réunis pour lancer une nouvelle force militaire « anti-djihadiste ».

La France se sent très fortement « chez elle » dans cette zone du Sahel où les menaces contre les populations ne manquent pas, qu’il s’agisse des forces djihadistes ou de violences émanant de trafiquants solidement implantés dans la région. Elles ne manquent pas, sauf que le remède (prétendument) apporté risque de toujours davantage stimuler le mal au lieu de réellement le combattre. 

Guerre en Libye 

Les interventions françaises successives au Sahel, depuis 2012-2013, font elles-mêmes suite à la guerre en Libye en 2011. Et les menaces existant en Sahel résultent en partie précisément des suites de cette intervention, commanditée en premier lieu par le président français Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron, alors que l’administration étatsunienne se montrait quelque peu plus hésitante à l’époque.

Il faut se garder des caricatures : contrairement à ce que sous-­entend parfois une gauche « campiste » (selon laquelle toutes les forces en conflit avec l’impérialisme français ou US serait nécessairement à soutenir), la Libye d’avant 2011 était loin d’être un pays où il faisait bon vivre, auquel seuls les impérialistes voulaient du mal à cause de son « indépendance ». La réalité, c’est que la Libye de Mouammar Kahdafi était un pays gouverné d’abord par un dictateur sanguinaire et excentrique, puis par son clan familial. L’ancien régime, au pouvoir de façon ininterrompu de 1969 à 2010, avait largement morcelé le pays : puisque les structures politiques (parti, syndicats, associations indépendantes) étaient totalement interdites – même le pouvoir ne disposait pas d’un parti politique, suite à la dissolution de l’« Union arabe socialiste » par Kadhafi en 1975 –, le pouvoir gérait le pays en se tournant vers des structures claniques pour encadrer la volonté collective. Ainsi le tribalisme était constamment réactivé en tant que donnée politique, dans un pays largement urbanisé où il aurait dû normalement décliner.

C’est l’un des facteurs qui explique l’éclatement de fait de l’État libyen, une fois que l’intervention franco-britannique en 2011 a porté le coup de grâce à l’ancienne dictature. Les puissances intervenantes portent une large responsabilité dans ce qui est alors arrivé, à savoir d’abord l’émergence d’une multitude de milices armées à la suite de la chute du régime kadhafiste (fin août 2011), puis la dissémination, à travers le pays et la région, du stock d’armes accumulé par la dictature. Une prolifération qui fut largement facilitée par le fait que personne n’avait pris soin de surveiller ce stock d’armements après le renversement de Kadhafi.

De la Libye au Mali

C’est d’ailleurs la diffusion de ces armes qui déclenche, pendant l’hiver 2011-2012, l’éclatement de la rébellion au nord du Mali. Une rébellion qui mêle des forces sécessionnistes parlant au nom d’une minorité touareg – dont certains membres avaient servi dans les forces paramilitaires de Kadhafi puis étaient rentrés au pays – et des djihadistes. La France prétend d’ailleurs combattre ces derniers, mais se montre très ambiguë vis-à-vis des premiers. Le « Mouvement national pour la libération de l’Azawad » (MNLA), force sécessionniste à base ethnique au nord du Mali, n’a-t-il pas proclamé « l’indépendance de l’Azawad », en avril 2012, depuis un grand hôtel parisien ? 

Une autre responsabilité des puissances intervenantes – surtout du gouvernement français – réside dans le fait même d’avoir effectué des ventes massives d’armes à Kadhafi avant sa chute. Si le dictateur s’était procuré des armes surtout auprès du bloc soviétique, dans les années 1970 et 1980, cela avait changé à partir du début des années 2000. Au total, au moment de la guerre de 2011, 14 des 27 pays membres de l’Union européenne avaient vendu des armes au régime libyen, dont l’Espagne et la France. L’Allemagne de l’Ouest, quant à elle, avait déjà été épinglée par le New York Times en janvier 1989 pour avoir construit une usine d’armes chimiques à Rabta, en Libye. Du côté français, ce sera surtout le président Sarkozy qui, lors de son déplacement à Tripoli et Benghazi en juillet 2007, est allé signer des contrats pour la vente massive de systèmes d’armements et de centrales nucléaires. Avant de se retourner contre son allié Kadhafi, quatre ans plus tard. Avec les résultats que l’on sait… 

Bertold du Ryon

 

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