Italie : le national-populisme au pouvoir

De l’autre côté des Alpes, ce n’est pas la même approche, en termes de discours économique et social, qui prévaut à l’extrême droite, au moment où nous mettons sous presse. À cette date, les deux partis sortis vainqueurs des législatives du 4 mars 2018, la formation populiste « Mouvement Cinq Etoiles » (M5S) désormais dirigé par le jeune Luigi di Maio ayant obtenu 32 % des voix et la Ligue – auparavant Ligue du Nord – de Matteo Salvini avec 17 % des voix, étaient en train de former un gouvernement commun. Ensemble, ils disposent d’une majorité de sièges au Parlement.

Vernis « social »

Ici, pour le moment, sur le plan économique et social, c’est une sorte de « keynésianisme de droite » qui prévaut. Les deux partis de la future coalition gouvernementale se prononcent clairement pour une augmentation de la dépense publique – le coût des mesures annoncées étant estimé actuellement entre 60 et 100 milliards d’euros –, promettant par cette approche un redémarrage de la croissance. 

Certes, à la différence d’un keynésianisme de type social-démocrate, l’accent n’est pas mis sur des dépenses de type social, mais l’ensemble est teinté de national-libéralisme. Alors qu’il est envisagé que l’État dépense plus et fasse moins de recettes fiscales – par une baisse de la fiscalité des particuliers mais surtout des entreprises –, l’argent ainsi redistribué servira d’abord à créer une « flat tax » (une imposition à taux unique), fixé alternativement à 15 % et à 2 % selon les situations. Les entreprises ne payeront plus que 15 % de manière systématique. 

Cependant, on trouve aussi quelques mesures de type social : d’abord, le gouvernement qui réunira l’extrême droite – la Ligue, qui s’est transformé d’un parti régionaliste fondé en 1989 dans le nord de l’Italie, en parti essentiellement anti-immigration de type lepéniste – et les populistes des « Cinq Etoiles » (un parti « post-idéologique » opportuniste, dirigé comme une entreprise) reviendra sur la « réforme des retraites ». Celle-ci, adoptée en 2011 sous pression de l’Union européenne, avait prévu de porter l’âge de départ à la retraite à 67 ans. Le futur gouvernement a promis de revenir à un âge minimum de 62 ans. De plus, sur demande des « Cinq Étoiles », le programme de la coalition prévoit l’instauration d’un « revenu universel » de 780 euros ; une mesure cependant ambiguë qui peut aussi arranger le capital, si elle substitue le futur revenu à l’ensemble des prestations sociales existantes.

Un clash avec les institutions de l’Union européenne semble programmé, alors que le futur gouvernement italien s’apprête à sortir des clous de l’austérité budgétaire imposée – les critiques de Bruxelles seraient ainsi, le cas échéant, émises pour de mauvaises raisons. Pourtant, les bonnes et très bonnes raisons de s’opposer à cette alliance gouvernementale ne manquent pas. 

Racisme d’État

Cette dernière cherche « évidemment » à mettre la pression sur les immigréEs et les migrantEs, portant par exemple la durée maximale de la rétention administrative à 18 mois (contre 45 jours en France actuellement, ou 90 jours après le vote de l’actuel projet de « loi asile et immigration » de Gérard Collomb) et d’y placer les déboutéEs du droit d’asile. De ce point de vue, il faut a priori craindre le pire, l’Italie constituant dans une large mesure le point de passage vers l’Union européenne pour les migrantEs traversant la Méditerranée. La gratuité des crèches, qui fait partie des mesures sociales promises, sera mise sous condition de nationalité italienne… ce qui est contraire au droit européen. C’est ce qu’en France certains appellent « préférence nationale ». Autre décision particulièrement emblématique, correspondant à un dada idéologique de l’extrême droite également bien connu en France : la future coalition a décidé d’interdire l’entrée de francs-maçons au futur gouvernement. 

Partageant un tropisme pro-russe comparable à celui du FPÖ en Autriche ou du FN français, le futur gouvernement militera par ailleurs pour la levée de toutes les sanctions prises par l’Union européenne contre la Russie. 

L’avènement de cette coalition, qui est actuellement vue par la bourgeoisie comme un possible trouble-fête pour les institutions européennes (et saluée de ce point de vue, entre autres, par quelques néostaliniens français bien souverainistes…), sanctionne aussi le long suicide de la gauche italienne. Ce pays était doté, il y a quarante ans encore, du Parti communiste le plus fort de l’Europe occidentale – le PCI montant jusqu’à 35 % des voix –, mais ce dernier est entré dès les années 1970 dans des liaisons dangereuses avec la social-démocratie allemande, entre autres. Avant d’entamer un long processus de transformation dans une gauche social-libérale qui n’enthousiasme plus personne.

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