Grèce : quelle solidarité ?

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La situation des réfugiéEs s’est aggravée depuis l’accord entre la Turquie et l’Union européenne...

D’une part, pour tous ceux qui ne seront pas « agréés », c’est le risque d’expulsion vers la Turquie, dont Amnesty International souligne qu’en cette période, elle ne constitue pas un pays sûr pour les réfugiéEs contraints d’y retourner. D’autre part, les réfugiéEs sont désormais confinés sur les îles en vue d’examen de leur situation, avec des critères peu clairs.

Résultat : la formation de camps d’hébergement surpeuplés et aux conditions inhumaines, comme on l’a vu cet hiver avec plusieurs réfugiéEs morts de froid sous leurs tentes glaciales. Sans oublier bien sûr les conditions de passage en Grèce : si on estime à 4 700 le nombre de noyéEs en Méditerranée en 2016, il faut y ajouter 400 mortEs noyés en tentant de traverser le fleuve frontière de l’Evros ces ­dernières années...

Campagnes de haine...

Pour les réfugiéEs ayant pu quitter ces camps dans les îles, la situation reste très difficile, dans un pays en crise profonde. Les possibilités d’installation sont diverses : soit des hébergements dans des centres réquisitionnés par l’État, soit des occupations avec le soutien d’associations locales, et des possibilités d’insertion dans la vie du quartier. Mais la possible installation d’un lieu regroupant des réfugiéEs peut ici ou là donner lieu à des campagnes locales de haine raciste, comme on le voit dans la région d’Olympie. En effet, au moins deux centres doivent y ouvrir, mais la gestion des locaux appartenant à l’église a été prise en main par un entrepreneur, avec des réactions des habitantEs contre la présence de réfugiéEs (qui « abimeraient » l’image d’Olympie…) et contre la recherche de profits de l’entrepreneur. Et pour couronner le tout, le métropolite exige que les réfugiéEs soient chrétiens !

On le voit, la solidarité, réelle, développée dans tout le pays sous des formes diverses, est confrontée à de nombreuses difficultés, avec cependant une priorité que se donnent des associations liées à la gauche anticapitaliste : dénoncer le rôle de l’Union européenne qui a fait de la Grèce un garde frontière d’une Europe forteresse. Et il y a quelque chose d’indécent à voir le Premier ministre français rendre visite à des réfugiéEs et se féliciter de la générosité de la France qui va accueillir 3 000 réfugiéEs pour soulager la Grèce... qui en accueille des dizaines de milliers.

Les voies de la mobilisation

Les axes de la solidarité tels qu’ils se dessinent sont les suivants, comme on peut le voir avec l’exemple en cours de la scolarisation des enfants de réfugiéEs (2 500 scolariséEs sur une estimation officielle de 15 000 à la mi-février) :

– mobilisation antiraciste, notamment contre des prétendus « parents en colère » liés aux fascistes. Les mobilisations ont gagné, mais c’est une bataille permanente ;

– lien avec le mouvement ouvrier, en lui faisant prendre en charge la solidarité qui ne doit relever ni de l’Église ni du patronat. Ainsi à Oreiokastro, près de Salonique, le collectif enseignant a tenu ferme pendant des semaines face aux attaques des nazis, qui ont dû reculer. Par ailleurs, les associations locales mettent en cause le rôle des ONG qu’elles jugent dépolitisées et exploiteuses ;

– indépendance par rapport aux pouvoirs publics, mais exigence qu’elles prennent leurs responsabilités : ne pas rester « neutres » face aux campagnes racistes, mettre à disposition des locaux, et relancer la construction de logements populaires pour les chômeurEs et les réfugiéEs (une des revendications du collectif anti-raciste KEERFA).

D’Athènes, A. Sartzekis

 

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