De Maurice Audin aux milliers de disparus de la Guerre d’Algérie

Le 11 juin 1957, les parachutistes arrêtent chez lui Maurice Audin, jeune mathématicien, maître auxiliaire à l’université d’Alger. Il est membre du Parti communiste algérien, comme Henri Alleg arrêté le lendemain. Son épouse Josette Audin, qui cherche à savoir où se trouve son mari, apprendra le 1er juillet que son mari s’est « évadé »… 

Alors qu’il ne subsiste aucun doute sur le fait que Maurice Audin est mort sous la torture des paras du général Aussaresses, Josette Audin et ses enfants n’auront de cesse de réclamer la vérité : où et comment a été assassiné Maurice Audin, où se trouve son corps… 

Aucun des présidents de la 5e République n’a répondu à leurs demandes. Et voilà qu’Emmanuel Macron, en grande baisse dans tous les sondages, reconnaît, et c’est tant mieux, l’assassinat de Maurice Audin par l’armée française dans cette guerre coloniale qui a causé des centaines de milliers de mortEs algériens, et tant de disparuEs. 

Á présent, il faut aller plus loin. Reconnaître le rôle de l’armée française dans les guerres coloniales, dont celle menée en Algérie avec un tel déni que même la guerre n’était qualifiée que « d’évènements » jusqu’en juin 1999. Durant toute cette période, l’armée concentrait tous les pouvoirs, militaires mais aussi de justice, qui furent encore renforcés par le vote des pouvoirs spéciaux à l’Assemblée nationale le 12 mars 1956, y compris par le Parti communiste. Très vite, on sut que la torture était omniprésente, sur le terrain des opérations comme dans les prisons. Elle fut dénoncée par un seul officier supérieur, en 1957, le général de La Bollardière, et par des journalistes et intellectuels comme Claude Bourdet dès 1955 (Votre Gestapo d’Algérie), Henri Alleg avec la Question en 1958, ou encore Pierre Vidal-Naquet. Il faudra aussi se prononcer sur l’utilisation de la guillotine, pour 250 à 300 AlgérienEs, tous condamnéEs pour raisons invérifiables, à l’instar de Fernand Iveton, exécuté au motif d’une tentative d’attentat non réalisée. 

La famille Audin a toujours affirmé que Maurice Audin n’était que l’un des disparuEs morts sous la torture et dont les familles ne savaient rien. Le fichier secret d’un millier de disparuEs de la « bataille d’Alger », un document officiel, exhumé des archives françaises d’outre-mer, vient d’être mis en ligne pour faire connaître la vérité sur ces disparuEs que leurs familles recherchent toujours. 

Michèle Villanueva

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